Geneviève Godbout: la force de l’image

Dans «Malou», Geneviève Godbout explore le thème de la dépression à coups de phrases courtes et de quelques onomatopées.
Photo: Cindy Boyce Dans «Malou», Geneviève Godbout explore le thème de la dépression à coups de phrases courtes et de quelques onomatopées.

À son portfolio déjà bien rempli — Rose à petit pois et Mauvais poil en tête — Geneviève Godbout ajoute cet automne deux albums à sa production. Bonne nuit, Anne, écrit par Kallie George (Scholastic), et Malou (La pastèque) pour lequel, toujours armée de ses crayons et ses pastels, elle signe en plus le texte.

Alors qu’il est d’un naturel énergique et jovial, Malou le kangourou n’arrive soudainement plus à bondir aussi haut et aussi loin qu’avant. Entouré d’amis aimants, qui cherchent mille et une solutions afin de l’encourager à sortir de sa torpeur, il parvient finalement à reprendre goût à la vie.

Dans ce bref récit, Geneviève Godbout explore le dur thème de la dépression à coups de phrases très courtes et de quelques onomatopées qui viennent accompagner l’illustration. Mettre en scène un marsupial à l’allure fière et de nature très vigoureuse pour évoquer la dépression assure un contraste puissant qui permet de prendre la mesure du mal-être.

Parallèlement à cet album, qui reste au bout du compte très lumineux, Anne la maison aux pignons verts revit dans Bonne nuit, Anne, ouvrage tout simple dans lequel la petite rouquine ne peut aller dormir sans avoir salué tous les gens qu’elle aime. Prétexte à mettre en scène les personnages attachants de cette légendaire série, le récit de Kallie George offre une initiation à l’univers de Montgomery. L’auteure et la traductrice Sabrina Meunier respectent la douce folie d’Anne tout comme le ton rêveur qu’on lui connaît et l’enthousiasme qui l’anime.

Bien que ces deux albums offrent de jolis textes, la force évocatrice de l’illustration donne la preuve qu’une image peut très bien assurer à elle seule la narration. Dans Malou, tout comme dans Bonne nuit, Anne, l’ambiance que Godbout crée autour de ses personnages, le fil narratif qui relie chacune des pages forment une histoire en soi.

En plus d’offrir des décors qui situent les protagonistes dans un contexte particulier, elle joue sur des détails qui sont tout sauf anodins. La dépression de Malou est représentée par un petit nuage gris autour de sa tête, Cumulus, qui le suit jusqu’à la finale où, dans un bond, il parvient à s’en défaire. La rêverie d’Anne est, quant à elle, représentée par des petits papillons qui la suivent tout au long du récit.

Les couleurs participent aussi beaucoup de cette narration. Les vêtements d’un jaune éclatant que porte Malou jouent de contraste avec la grisaille qui l’habite. La douceur de la nuit, chez Anne, prend des teintes verdâtres et reste éclairée par la blancheur des papillons. Les variations de plans — et ils sont nombreux — créent pour leur part du mouvement tout en donnant accès aux émotions des personnages. Le graphisme chaleureux, le trait enveloppant de Godbout, sa capacité à créer des atmosphères laissent ainsi croire que ces albums peuvent très bien se passer des mots.

Malou / Bonne nuit, Anne

★★★★

Geneviève Godbout, La Pastèque, Montréal, 2018, 32 pages / Kallie George et Geneviève Godbout, traduit de l’anglais par Sabrina Meunier, Scholastic, 2018, 40 pages