«À propos du style de Genette»: l’aventure d’un style

Ses longues phrases à la syntaxe éblouissante ont toujours autant tenu à un certain chic qu’à une conception de la littérature à situer entre nécessaire subversion et main tendue.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Ses longues phrases à la syntaxe éblouissante ont toujours autant tenu à un certain chic qu’à une conception de la littérature à situer entre nécessaire subversion et main tendue.

Il y a de ces livres dont la seule existence a de quoi réjouir. En s’engageant dans l’écriture d’un essai sur Gérard Genette, l’un des pères de la narratologie, David Turgeon pouvait difficilement espérer faire tintinnabuler les tiroirs-caisses. Mais est-ce que cette conscience de la portée relativement limitée d’un pareil travail allait l’empêcher de s’y investir ? Ce serait très mal le connaître.

Inclinons-nous donc d’abord devant ce mélange d’opiniâtreté, d’amour de la beauté du geste et de confiance envers l’intelligence de son lecteur définissant la trajectoire vraiment pas linéaire du bédéiste et romancier (Le continent de plastique, Simone au travail).

 

Analyser le style d’un critique ayant essentiellement signé des essais théoriques ? Le projet comportait son nombre d’écueils, que David Turgeon contourne grâce à l’intrépide excentricité de ses intuitions et à son désir de les suivre jusqu’au bout.

Et si l’essai théorique brillamment mené avait davantage en commun avec le récit d’aventures qu’on le soupçonne ? se demande ainsi l’écrivain dans un des chapitres les plus fantaisistes et stimulants de son propre essai, en nous invitant à considérer les textes majeurs de Genette « comme des suites, relativement linéaires, de péripéties et de découvertes […] »

Pourquoi le style, dans un contexte essayistique, est-il sans cesse assimilé à une coquetterie, « comme si l’effet contrefaisait la vérité », regrette-t-il ailleurs, en fustigeant la langue beige que valorise parfois l’université.

Peut-être parce qu’on ne parle jamais que de soi, cet éloge d’un style qui ne serait pas que show de boucane, mais dont l’élégance ou la singularité oxygénerait les idées qu’il porte, éclaire au final l’œuvre romanesque de David Turgeon.

Ses longues phrases à la syntaxe éblouissante ont toujours autant tenu à un certain chic, qu’à une conception de la littérature à situer entre nécessaire subversion et main tendue.

★★★★

David Turgeon, Le Quartanier, Montréal, 2018, 232 pages