«La Costa des seuls»: seuls et avec d’autres

De l’humour et un peu d’amour. Deux plats relevés ici par les habiletés de portraitiste souvent mordant de Michel Duchesne.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir De l’humour et un peu d’amour. Deux plats relevés ici par les habiletés de portraitiste souvent mordant de Michel Duchesne.

« Le monde est un livre et ceux qui ne voyagent pas n’en lisent qu’une page. » Une phrase attribuée à saint Augustin qui reste peut-être vraie, même si, à l’heure du tourisme de masse et des réseaux sociaux, il semble désormais possible de traîner sa bulle d’ignorance très loin hors de chez soi.

Au printemps 2017, un groupe bigarré de 27 touristes québécois s’envole pour la Costa del Sol, en Espagne, pour deux semaines de dépaysement bien organisé.

Steve McCourt, leur guide-accompagnateur, homosexuel de 41 ans, entend bien profiter de ses temps libres pour faire la « chasse aux ours espagnols ».

De Malaga à Séville en passant par Grenade, La Costa des seuls, deuxième roman de Michel Duchesne (L’écrivain public, Leméac, 2016), concentre son récit sur quelques voyageurs forcément plus colorés.

Une sexagénaire partie d’urgence pour réfléchir, une enseignante retraitée, chialeuse hors catégorie, qui appelle tous les jours son chat mis en pension, un jeune couple de « poteux » échangistes et son gamin de deux ans dépendant du iPad, deux soeurs célibataires mal assorties, un vieux couple qui passe son temps à s’engueuler et un « petit monsieur tout seul » jamais sorti de chez lui forment le noyau dur de cette comédie de situation à la tonalité légère.

Du vin, des tapas, des frictions, du soleil, quelques idylles de vacances, des complicités et des complications, de petites arnaques. De l’humour et un peu d’amour, en somme. Deux plats relevés ici par les habiletés de portraitiste souvent mordant de Michel Duchesne.

Mais ce sont deux semaines qui semblent interminables, tant ce roman apparaît trop long et trop lent. Des sentiers explorés avec plus d’efficacité — et de concision — par Stéphane Dompierre dans Stigmates et BBQ.

Extrait de «Le Costa des seuls»

« Ces gens qui voyageaient en groupe pour se sentir moins seuls se branchaient maintenant sur l’une des cinq chaînes musicales offertes ou surfaient à satiété sur l’un des milliers de sites Internet mis à leur disposition. Souvent, ils allaient lire les nouvelles de leur pays d’origine, brisant le peu de dépaysement acquis. Tué le pouvoir curateur du voyage ; rayé tout moment de contemplation en ramenant chacun à son petit écran, son malheur confiné et confirmé à coups de mails et de posts Facebook. »

La Costa des seuls

★★★

Michel Duchesne, Leméac, Montréal, 2018, 376 pages