«Vingt-trois secrets bien gardés»: souvenirs retrouvés

Michel Tremblay partage avec force détails colorés des anecdotes, tantôt douloureuses, tantôt humiliantes, que d’autres évoqueraient du bout des lèvres.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Michel Tremblay partage avec force détails colorés des anecdotes, tantôt douloureuses, tantôt humiliantes, que d’autres évoqueraient du bout des lèvres.

« Et l’heure qui va suivre sera déterminante dans la vie du trop jeune néophyte qui ressortira du P.J.’s non seulement conquis mais transformé à jamais. »

Après ses savoureuses Conversations avec un enfant curieux, où on le découvrait en gamin opiniâtre obsédé par les mystères de la religion catholique, Michel Tremblay se raconte à différentes étapes de sa vie, de la petite enfance à l’âge mûr.

Cette fois, c’est à la troisième personne qu’il a décidé de dévoiler de petits moments heureux, troublants, tristes et embarrassants qui ont forgé sa personnalité et ouvert sa voie de la rue Fabre jusqu’au grand monde. L’auteur crée ainsi une distance entre celui qu’il a été et celui qu’il est devenu, comme s’il avait voulu faciliter la confession de ces brefs récits où il n’a pas toujours le beau rôle.

De fait, l’homme partage avec force détails colorés des anecdotes, tantôt douloureuses, tantôt humiliantes, que d’autres évoqueraient du bout des lèvres.

Épousant les caprices de la mémoire, faisant fi de la chronologie, Vingt-trois secrets bien gardés propose dans le désordre un émouvant voyage dans les souvenirs de Michel Tremblay. De la découverte de son homosexualité à sa première visite dans un cabaret de travestis, du premier voyage à l’étranger à son premier succès, le ton est tour à tour tendre, doux-amer, nostalgique et parfois même hilarant. Bref, du Tremblay pur jus.

S’il lève le voile sur certains pans de sa vie inconnus, l’auteur ne sort pas pour autant le lecteur de sa zone de confort. Et c’est ce qui fait sans doute tout le charme de ce strip-tease de l’âme.

Porté par l’impression d’être le confident privilégié du grand dramaturge, le lecteur trouve dans ces brefs récits d’apprentissage, où l’on croise des silhouettes bien connues de l’univers de Tremblay, non pas de vils potins ou de futiles babillages, mais de nouvelles clés pour encore plus apprécier son oeuvre.

Vingt-trois secrets bien gardés

★★★

Michel Tremblay, Montréal, Leméac/Actes Sud, 2018, 107 pages