Essais - Et les filles ?

D'abord, des chiffres: l'âge moyen de l'effectif militant du PLQ et du PQ est de 51 ans; au PLQ, les 17-34 ans représentent 19 % de cet effectif et, au PQ, 15 %. Est-ce à dire que les jeunes sont dépolitisés? D'après les sociologues Anne Quéniart et Julie Jacques, qui signent Apolitiques, les jeunes femmes?, ce constat ne tient pas la route: «Autrement dit, plutôt qu'à une crise de la participation politique, on assisterait aujourd'hui à des changements dans les modes et les formes de l'engagement, parallèlement aux transformations mêmes du politique.»

Les trente jeunes femmes de 18 à 30 ans qu'elles ont rencontrées, dans le cadre d'une enquête visant à «comprendre le pourquoi et le comment de l'engagement politique, du militantisme des jeunes femmes, et ce, en leur donnant la parole», illustrent bien cette thèse. Militantes du PQ, du PLQ et du RAP (devenu l'UFP), de la Fédération des femmes du Québec, de mouvements écologiques, sociaux ou jeunesse, ces jeunes femmes, en effet, souhaitent changer le monde par l'action politique, en marge ou au sein des institutions, et, si elles ne militent pas à la façon de leurs prédécesseurs, elles sont, peut-on dire, tout aussi profondément engagées.

Provenant presque toutes de familles aux revenus assez élevés, elles partagent un parcours semblable: «En toile de fond de leur engagement, on retrouve de multiples expériences de participation civique ou de bénévolat, une sensibilité précoce aux questions politiques ou au féminisme, et, dans la plupart des trajectoires, un contexte politique particulier qui a joué un rôle de déclencheur ou, à tout le moins,

de catalyseur de l'engagement concret.»

Caractérisé par la «multimilitance», leur engagement incarnerait ce que les sociologues appellent «l'individualisme solidaire»: «L'engagement a changé: il est plus "distancié" que militant, privilégiant l'implication contractuelle, partielle et dégagée des appartenances communautaires et identitaires, c'est-à-dire caractérisée par le fait que les individus se sentent "déliés de leurs appartenances".»

Authenticité, individualisme et solidarité seraient donc, s'il faut en croire Quéniart et Jacques, les mots d'ordre du nouveau militantisme au féminin. Les jeunes filles qui témoignent dans cet ouvrage font en tout cas la preuve que les jeunes n'ont pas tous décroché de l'action politique: «De façon générale, les divergences intergénérationnelles seraient attribuables non pas aux objectifs de la lutte en tant que tels, mais plutôt aux moyens utilisés pour les atteindre et ce, tous partis ou groupes confondus.»

Ces jeunes femmes, donc, et il faut s'en réjouir, sont loin d'être apolitiques. Sont-elles, cela étant, représentatives de leur génération? Cet ouvrage le sous-entend mais n'en fournit aucune preuve convaincante.