Essais - Le long calvaire des Palestiniens

Un long calvaire: voilà ce à quoi se résume l'histoire récente du peuple palestinien. Dans un ouvrage intitulé Les Palestiniens, un peuple privé de ses droits, le professeur de science politique François Grégoire la raconte sous la forme d'une chronologie des événements qui, de 1915 à aujourd'hui, ont contribué au malheur de ce peuple bafoué et trahi.

La fin de la Première Guerre mondiale aurait dû permettre aux Palestiniens d'acquérir leur autonomie en mettant fin à la domination ottomane. Elle marqua plutôt l'accélération de l'implantation juive en Palestine, appuyée par l'Angleterre qui détenait un mandat sur ces territoires.

Après la création de l'État d'Israël en 1948, les revendications d'indépendance palestiniennes sont rejetées au profit de «l'option jordanienne», qui méprise encore une fois la souveraineté du peuple palestinien qu'on cherche ainsi à soumettre à une autorité étrangère, tout en le confinant, à la faveur de multiples conflits israélo-arabes, à un espace de plus en plus restreint.

Enfin, depuis 1988, l'idée d'un État palestinien véritablement indépendant s'est imposée à la communauté internationale, mais l'attitude du gouvernement israélien, de même que celle de ses alliés américains, entretient l'impasse, au mépris du droit international et de plusieurs résolutions de l'ONU. «Contrairement à l'affirmation du président Bush, écrit Grégoire, ce n'est pas le terrorisme qui empêche la création d'un État palestinien. C'est plutôt le refus de créer un État palestinien qui favorise le développement du terrorisme.»

Enchevêtrement inextricable de rapports de force internationaux et de conflits diplomatiques et militaires, l'histoire du bourbier israélo-palestinien est absolument impossible à résumer en quelques lignes et l'ouvrage de Grégoire a le mérite d'en proposer une chronologie assez détaillée qui nous aide à mieux la saisir. C'est là, toutefois, sa seule réelle utilité puisque, pour le reste, l'argumentation qui le soutient manque nettement de fini. Sur la légitimité morale de la création de l'État d'Israël, par exemple, un aspect fondamental du débat, Grégoire ne dit rien, sinon qu'elle correspondait aux intérêts géopolitiques des États-Unis et de l'Angleterre et qu'elle a spolié les Palestiniens de leurs droits. Ce n'est pas faux, bien sûr, mais c'est, pour le moins, un peu court.

À partir d'un angle propalestinien, l'essayiste illustre bien les opportunismes, aussi bien arabes qu'occidentaux, qui ont créé et entretiennent le problème palestinien, et son choix de traiter ce dernier en recourant le moins possible à son arrière-fond religieux n'est pas inintéressant. L'ensemble de son travail, toutefois, manque d'intensité et de conviction et relève plus de la plate reconstitution historique que de l'essai au sens fort du terme.