«Les amoureux du jour 2»: un arrière-goût d’amertume

Pierre Cayouette sait mettre en lumière les liens puissants, parce qu’inusités, unissant des êtres n’ayant en apparence pas grand-chose en commun.
Photo: Martine Doyon Pierre Cayouette sait mettre en lumière les liens puissants, parce qu’inusités, unissant des êtres n’ayant en apparence pas grand-chose en commun.

Le Québec, amputé de son avenir ? Le lecteur retors pourrait sans doute déceler dans le grave coup de théâtre sur lequel se conclut (presque) Les amoureux du jour 2 quelque chose comme une métaphore, pas forcément subtile, mais pas forcément abusive, de l’histoire politique de cette nation qui a dit non deux fois. Comment recevoir autrement cette chronique de la fin de l’insouciance, qui s’amorce à l’aube du référendum de 1980, au cœur de l’espoir du pays, pour se terminer après une tragique visite à l’hôpital de son narrateur ?

Le second roman du vétéran journaliste et directeur de l’édition aux éditions La Presse Pierre Cayouette n’abuse pourtant pas de son cynisme et baigne pour l’essentiel dans les souvenirs attendris d’une période de la vie où seul importe de rêver, d’aimer et de jouer au baseball.

Son arrière-goût, discret, en est quand même un d’amertume. Amertume de tout ce que cette province aurait pu devenir, amertume de la première peine d’amour politique, amertume de la première peine d’amour tout court.

Fervent lecteur de Miron, Christian milite pour le camp du Oui, vénère René Lévesque et travaille derrière le comptoir du dépanneur familial. Son futur s’appelle Geneviève (sa première blonde), son futur s’appelle Québec. Du moins, le souhaite-t-il.

Avortement, mort de la mère, éveil politique, éducation sentimentale : tous les thèmes — trop de thèmes — y passent en quelque 130 pages. Voici une fiction en pleine crise d’identité, adoptant tour à tour le ton du petit cours d’histoire, du plaidoyer contre l’exclusion sociale des aînés et de l’ode (pour ne pas dire la marche) à l’amour romantique.

Toujours plus touchant lorsqu’il s’éloigne du grand récit collectif, Pierre Cayouette sait mettre en lumière les liens puissants, parce qu’inusités, unissant des êtres n’ayant en apparence pas grand-chose en commun.

Il y a tout un roman qui attend de se déployer dans ces chapitres célébrant l’amitié entre un vieux frère défroqué et un jeune indépendantiste déçu. Si nous l’avons bien compris, l’écrivain est en train de nous dire « À la prochaine fois ».

Les amoureux du jour 2

★★ 1/2

Pierre Cayouette, Druide, Montréal, 2018, 136 pages