L'auteure Maryse Condé reçoit le prix Nobel alternatif

Maryse Condé
Photo: Adrian Dennis Agence France-Presse Maryse Condé

C’est l’écrivaine guadeloupéenne Maryse Condé qui a remporté vendredi le prix Nobel alternatif de littérature, remis exceptionnellement par la Nouvelle Académie. Ce prix remplace provisoirement cette année le vrai prix Nobel de littérature, qui a été mis en veilleuse en 2018, entre autres à cause de problèmes liés au mouvement #MoiAussi.

Maryse Condé a signé une trentaine de romans, dont plusieurs portent sur l’esclavage et sur l’Afrique. Elle a déjà été pressentie plusieurs fois pour recevoir le prix Nobel sans le recevoir. Elle a dit être très « fière et très heureuse d’avoir ce prix », alors qu’on ne parle généralement de la Guadeloupe qu’au sujet des « cyclones et des tremblements de terre ». « On a été étonné de voir une Guadeloupéenne qui parle de la Guadeloupe culturellement, de façon originale et agréable. Je crois que ce fut une découverte », a-t-elle dit sur les ondes de France-Info.

La « Nouvelle Académie » a créé ce Nobel alternatif dans la foulée de plaintes à caractère sexuel entourant Jean-Claude Arnault, conjoint de l’académicienne Katarina Frostenson. M. Arnault a été condamné à deux ans de prison fermes en octobre.

L’institution remettra à Maryse Condé la somme d’un million de couronnes (environ 145 000 $), soit un peu plus d’un dixième du montant généralement accordé au lauréat du Nobel. Cette somme a par ailleurs été récoltée par financement participatif et par mécénat.

« Dans ses oeuvres, avec un langage précis », Maryse Condé « décrit les ravages du colonialisme et le chaos du post-colonialisme », a fait valoir l’institution lors de l’annonce du prix à la Bibliothèque publique de Stockholm. De son côté, la Québécoise Kim Thuy faisait partie de la courte liste des trois derniers finalistes, en compagnie du Britannique Neil Gaiman et de Maryse Condé. « Je savais que ce serait Maryse Condé qui l’aurait. Elle a vraiment une oeuvre, un engagement », a dit Kim Thuy après avoir écouté la cérémonie de remise du prix chez elle, en compagnie d’amis. « Mais j’ai déjà gagné depuis longtemps », dit-elle, faisant référence au bonheur et aux avantages d’avoir été sélectionnée comme finaliste et d’avoir obtenu de nombreux votes populaires.

Ce sont les libraires suédois qui ont établi une première liste de 47 noms d’auteurs finalistes pour ce prix. La liste des trois derniers finalistes a ensuite été établie par votes populaires, récoltés sur le site de la Nouvelle Académie. Ce sont donc les admirateurs de Kim Thuy, qui ont voté pour elle sur ce site, qui l’ont aidée à se hisser au rang des trois derniers finalistes. Pour l’ensemble des finalistes, l’institution a récolté 33 000 votes populaires.

« J. K. Rowling [l’auteure des Harry Potter] était sur la liste dressée par les libraires », poursuit Kim Thuy. C’est sûr que si ses fans avaient voté pour elle, je n’aurais pas été sur la dernière liste. »

Le Japonais Haruki Murakami était lui aussi sur la liste des derniers finalistes, mais il s’est désisté de la course à la dernière minute, vraisemblablement pour conserver ses chances d’obtenir un jour le prix Nobel.

Kim Thuy relève par ailleurs que la création du Nobel alternatif est liée entre autres aux pressions faites par la responsable d’activités culturelles à Stockholm, qui avait l’habitude, chaqueannée, d’amener des jeunes écouter le lauréat du prix Nobel.

L’attribution d’un Nobel alternatif a également permis à la Nouvelle Académie de s’ouvrir à des genres généralement peu pris en compte par le Nobel, poursuit Kim Thuy. Le Britannique Neil Gaiman s’est par exemple distingué comme auteur de science-fiction et de bandes dessinées. En 2016, l’Académie suédoise avait créé toute une surprise en remettant le prix Nobel au chanteur et compositeur Bob Dylan.