«Voici Colin»: des airs d’autrefois

Gérard Dubois illustre ce conte avec tout le sens du détail, la précision du trait, la richesse iconographique qu’on lui connaît.
Photo: Julie Marois Le lièvre de mars Gérard Dubois illustre ce conte avec tout le sens du détail, la précision du trait, la richesse iconographique qu’on lui connaît.

Colin a bâti une maison. Fière et droite, celle-ci sert de prétexte à la mise en scène d’une faune colorée et particulièrement grouillante. Autour d’elle, le blé, le rat, le chat, le chien, la vache, la trop triste servante, l’homme en haillons, le juge, le coq, le cheval et le fermier entrent dans la danse et rejouent This is the House That Jack Built, comptine issue de la tradition orale britannique.

Avec Le lièvre de mars, sa toute récente maison d’édition, Nadine Robert a pour mission de faire connaître et de dépoussiérer un patrimoine d’œuvres illustrées pour la jeunesse, des chefs-d’œuvre oubliés ou méconnus qui n’ont pas été réédités depuis soixante ans.

Dans un marché surabondant où les livres défilent à une vitesse effarante, l’éditrice vogue à contre-courant et emprunte ainsi une voie où le désir de mémoire domine, où l’estime envers des auteurs et des illustrateurs fondateurs — comme Randolph Caldecott qui a illustré cette comptine en 1878 — est palpable.

La traduction que fait ici Christiane Duchesne ne trahit ainsi jamais le rythme cadencé de la comptine originale. On se prend à la lire et la relire tout haut, se laissant emporter par le jeu de la répétition. Pour sa part, Gérard Dubois illustre ce conte avec tout le sens du détail, la précision du trait, la richesse iconographique qu’on lui connaît.

Chaque scène présentée laisse par ailleurs deviner à l’œil attentif ce qui arrivera dans la suivante et ainsi de suite jusqu’au tableau final, qui se déploie sur trois pages grâce à un rabat.

Alliant beauté et interactivité, Voici Colin, offert ici dans un format carré et rigide, met en lumière toute la richesse de ce patrimoine qui est à l’origine de la littérature jeunesse. Immense respect.

Extrait de «Voici Colin»

« VOICI la trop triste servante
Qui a trait la vache à la corne tordue
Qui a malmené le chien
Qui a hérissé le chat
Qui a croqué le rat
Qui a mangé le blé
Caché dans le grenier
De la maison que Colin a bâtie »

Voici Colin

★★★★

Christiane Duchesne et Gérard Dubois, Le lièvre de mars, Montréal, 2018, 40 pages