Un florilège catalan au Festival international de la littérature

L’écrivaine Imma Monso lira des extraits de ses livres en compagnie de la danseuse Sol Picó, le samedi 29 septembre, dans le cadre du Festival international de la littérature.
Photo: Tristán Perez-Martin L’écrivaine Imma Monso lira des extraits de ses livres en compagnie de la danseuse Sol Picó, le samedi 29 septembre, dans le cadre du Festival international de la littérature.

On a dit de lui qu’il est l’incarnation vivante de la Catalogne. Sa chanson L’estaca (« Le pieu »), écrite en 1968, a été traduite et chantée par des groupes de gauche du monde entier.

Au cours des dernières années, Lluis Llach est devenu écrivain, puis député, avant d’être chassé du pouvoir par le gouvernement espagnol à cause de ses convictions indépendantes à la suite du référendum de 2017. Il dit qu’il ne fait qu’exprimer ce en quoi il croit. Et que l’art, pour lui, est toujours politique.

C’est en tant qu’écrivain qu’il a été invité par le Festival international de la littérature (FIL), qui reçoit cette année toute une délégation catalane. Il y sera ce dimanche, au café de l’usine C, en compagnie de la journaliste du Devoir Lisa-Marie Gervais.

Photo: Peter Godry L'écrivain Lluis Llach


« L’art est un moyen de communication, dit-il en entrevue. On ne peut pas éviter de faire de la politique. Même avec les chansons d’amour, comme avec les chansons contestataires, on fait toujours de la politique. Qu’on parle d’amour, de politique ou de prison, on fait de la politique. Je ne fais pas tellement de différence entre la politique qu’on fait sur une scène, à la maison ou dans la rue. »

L’un des premiers combats de Lluis Llach remonte aux années de l’antifranquisme espagnol. Llach est alors l’un des animateurs de la Nova Canço, ce mouvement artistique et musical qui dénonçait le franquisme en langue catalane. C’est d’ailleurs à cause de son engagement dans le groupe d’Els Setze Jutges (« Les seize juges »), qui soutient la Nova Canço, que Llach doit s’exiler et s’installer à Paris. Il parle d’ailleurs très bien le français.

En entrevue, il soutient pourtant que le mouvement indépendantiste catalan n’est pas uniquement ancré dans la langue. « La langue catalane, cela nous rassemble, ça nous personnalise. C’est une vieille langue qui nous vient du IXe siècle. Une espèce de point de repère pour nous. Mais un pays, une communauté, c’est beaucoup plus que ça. C’est une façon de voir la vie, la culture, la politique, la démocratie. »

On ne peut pas éviter de faire de la politique. Même avec les chansons d’amour, comme avec les chansons contestataires, on fait toujours de la politique.

 

Il dit d’ailleurs ne pas avoir toujours été indépendantiste. « Après la mort de Franco, j’ai rêvé durant quelques années d’une nouvelle Espagne. » Puis, déçu par le gouvernement espagnol, il prend le parti de l’indépendance de la Catalogne. En 2007, il croit se retirer de la vie publique, puis décide de se lancer en politique pour défendre l’indépendance de la Catalogne.

Il est élu député aux élections de 2015. « Finalement, je lutte pour l’autodétermination », dit-il. Après l’annulation du référendum catalan, déclaré illégal par le gouvernement espagnol, il lutte finalement aussi pour la démocratie.

Des pages et des pages

Depuis quelques années, Lluis Llach s’est mis à la littérature. Deux de ses romans, Les yeux fardés et Les femmes de la Principal,ont été traduits en français chez Actes Sud. « J’ai commencé à écrire dans la soixantaine et je ne m’étais pas imaginé, après avoir écrit des chansons, écrire des pages et des pages et des pages de livres. »

Quand il écrit, Llach ne pense pas au public. « Écrire, dit-il, c’est une façon de se dire des choses à soi-même, ses fantômes, ses angoisses, ses illusions. » Lluis Llach sera accompagné à Montréal de toute une délégation catalane, invitée d’honneur du FIL cette année. Le samedi 29 septembre, l’écrivaine Imma Monso lira des extraits de ses livres en compagnie de la danseuse Sol Picó et de la saxophoniste Mireia Tejero, dans un spectacle spécialement conçu pour l’occasion. Deux romans d’Imma Monso, La femme pressée et Un homme de parole, ont été traduits en français chez Robert Laffont.

Le lundi 24 septembre, une soirée hommage sera consacrée à l’écrivaine Mercè Rodoreda. Née en 1908, décédée en 1983, Mercè Rodoreda écrira en exil à partir de 1939, avant de retourner en Catalogne en 1972.

À Montréal, la compagnie de théâtre Mille lucioles mettra notamment en scène des extraits de trois de ses romans traduits en français, soit Rue des camélias, Voyages et fleurs et La mort et le printemps. Imma Monso a notamment consacré dix ans de sa vie à la rédaction du roman Tant et tant de guerre, qu’elle aurait réécrit quatre fois.

Elle voulait alors faire « un roman de guerre, mais avec peu de guerre […], un fond continu de guerre ». Son roman le plus célèbre est La place du diamant. Plusieurs de ses livres ont été traduits en français chez Gallimard. Mentionnons aussi la présence de l’écrivain catalan Ramon Erra, dont le roman Far West Gitano sera mis en lecture et musique avec Michel Vézina et Jack Jean Tarradellas.

Le poète Eduard Escoffet et le musicien Pope présenteront quant à eux un spectacle d’exploration de poésie et de musique électronique. Leur duo, Barba Corsini, est ainsi nommé en hommage à l’architecte catalan Barba Corsini, qui a rénové l’édifice La Pedrera d’Antoni Gaudi à Barcelone.