«Cher monsieur Donald Trump»: faire tomber les murs

Le ton sincère et authentique du jeune garçon tranche ainsi avec l’arrogance et le désintérêt du personnage dont le visage n’est d’ailleurs jamais visible.
Image: Les 400 coups Le ton sincère et authentique du jeune garçon tranche ainsi avec l’arrogance et le désintérêt du personnage dont le visage n’est d’ailleurs jamais visible.

Fatigué de partager sa chambre avec son grand frère qui l’empêche de dormir, Sam a l’idée de construire un mur entre les deux lits. Il pourrait ainsi avoir la paix et mettre fin à des échanges obligés avec cet être indésirable.

Alors que son entourage reste plutôt réfractaire à son projet, Sam envoie des missives à Donald Trump, espérant ainsi trouver une oreille attentive et empathique à son dessein. Comme des bouteilles lancées à la mer, les lettres demeurent bien sûr sans réponse, mais l’attente permet au garçon de réfléchir.

Partant d’une situation connue et répandue dans les fratries, l’auteure néo-zélandaise Sophie Siers parvient non seulement à parler avec raffinement de tolérance et d’entente, mais fait entrer la politique dans l’album jeunesse, sujet encore rarement offert.

La forme du récit par lettres permet quant à elle au lecteur de saisir les motivations profondes du garçon tout en prenant conscience de l’étendue du mal-être qui divise les humains.

Si Trump reste silencieux tout au long du récit, les aquarelles d’Anne Villeneuve, son trait alliant candeur et humour, jouent un rôle narratif de complémentarité. Occupé à mille et une tâches importantes — allant du golf au bain moussant en passant par les soirées mondaines —, le président n’a que faire des lettres qu’on lui transmet.

Le ton sincère et authentique du jeune garçon tranche ainsi avec l’arrogance et le désintérêt du personnage dont le visage n’est d’ailleurs jamais visible.

Camouflé tantôt derrière son cellulaire, tantôt un hamburger, tantôt les cheveux de son épouse, il ne laisse voir que son légendaire toupet jaune, couleur des lettres que Sam lui transmet.

Éléments centraux du récit, le pouvoir de l’un et l’espoir de l’autre participent d’un même combat, celui de se faire voir et entendre.

Cher monsieur Donald Trump

★★★★

Sophie Siers et Anne Villeneuve, traduit de l’anglais par Mélanie Roland, Les 400 coups, Montréal, 2018, 34 pages