Martine au cinéma

Le film «Thelma et Louise» résonne toujours chez Martine Delvaux comme une sorte de mantra, un appel au nécessaire combat féministe et à la vigilance.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le film «Thelma et Louise» résonne toujours chez Martine Delvaux comme une sorte de mantra, un appel au nécessaire combat féministe et à la vigilance.

C’est devenu une sorte de film culte du féminisme. Réalisé en 1991 par Ridley Scott, d’après un scénario de Callie Khouri, Thelma et Louise raconte le court voyage de deux amies. Un voyage qui tourne à la cavale suicidaire à travers les États-Unis après que l’une d’entre elles a été violée et que l’autre a tué son agresseur d’un coup de pistolet.

« Thelma et Louise sont les femmes mortes les plus vivantes de l’histoire du cinéma », écrit Martine Delvaux, professeure de littérature à l’UQAM, spécialiste des études féministes et de l’« écriture testimoniale » née en 1968. Elle raconte avoir pleuré à chaudes larmes après avoir vu le film la première fois — un film qu’elle a regardé depuis une vingtaine de fois et qui lui fait toujours le même effet.

Ni essai critique ni autobiographie, Thelma, Louise moi slalome entre l’hommage, le manifeste féministe et le journal intime. « Je n’invente jamais rien. Toujours je copie, je recycle, je reprends, je reprise. Ma vie est comme un film dont certains rushes sont tombés au pied de la table de montage. »

Toujours, aussi, le film résonne chez Martine Delvaux comme une sorte de mantra, un rappel de la triste condition des femmes, un appel au nécessaire combat féministe et à une vigilance de tous les instants. « Aujourd’hui, je me dis que mes larmes viennent du fait qu’elles ont le choix entre le pire et le pire. »

À coups de phrases nominatives, d’interrogations, de récits minutieux de ses rêves, l’auteure de Rose amer (2009) et des Filles en série (2013) y déploie une écriture qui se commente elle-même en train de se faire — une posture narcissique et balbutiante caractéristique d’une certaine littérature de la prise de parole.

N’hésitant pas à raconter de longs passages du film ou à retranscrire des dialogues, Martine Delvaux donne ici l’impression de naviguer à vue et de remplir ses pages sans trop savoir vers quelle destination elle entraîne son lecteur.

Voyez : « J’écris en même temps que je visionne le film. J’écris sur la vie et sur l’écriture, en même temps que je raconte le film, me demandant dans quelle mesure on peut réécrire un film, comment on peut lire un film comme si on l’écrivait, et l’écrire comme si on le filmait à nouveau. » Dans la catégorie « ma vie en cinémascope », Simon Roy a fait autrement mieux avec Ma vie rouge Kubrick.

Beaucoup trop long avec ses chapitres à rallonge, ses répétitions du même et sa paresseuse absence de récit, Thelma, Louise moi est le montage flou d’une obsession cinématographique. Du reste, l’auteure de Blanc dehors n’a jamais impressionné par la qualité de son écriture. Ce nouveau livre ne fait pas exception.

Extrait de «Thelma, Louise & moi»

« Je voudrais partir sans regarder derrière et écrire sans penser. Que la syntaxe se brise et que les mots se perdent. Que les phrases s’envolent, impossibles, enchevêtrées. Qu’elles commencent lentement, petit à petit, puis avancent de plus en plus vite vers leur fin, qu’elles se mettent à déferler. Que rien d’autre ne compte, rien d’autre que ça, les filles, la route, la poussière et le vent. Tant de tristesse et de liberté. »

Thelma, Louise & moi

★★ 1/2

Martine Delvaux, Héliotrope, Montréal, 2018, 240 pages