«Des éclats de nous»: tout est chaos

<p>Si le thème du divorce a été mille fois traité en littérature jeunesse, l’angle choisi par Jennifer Tremblay brille par sa délicatesse et par sa poésie.</p>
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir

Si le thème du divorce a été mille fois traité en littérature jeunesse, l’angle choisi par Jennifer Tremblay brille par sa délicatesse et par sa poésie.

Léo et Sofia sont jumeaux, frère et sœur de sang, amis et inséparables. Nés en plein cœur d’une famille parfaite, entourés d’un père et d’une mère amoureux, ils vivent en équilibre jusqu’à cette journée où ils apprennent le divorce de leurs parents. « Les mots sont tombés sur nos têtes. Ils arrivaient de très haut et de très loin », dira Léo.

Cette histoire qui a bousculé leur univers d’enfant nous est racontée ici de façon tout à fait singulière. Il y a d’abord le journal que tient Léo, dans lequel il relate avec détails et anecdotes le quotidien bouleversé depuis l’annonce du divorce jusqu’à la garde partagée, en passant par les pleurs et le café qui n’a plus jamais été préparé par papa.

 

Et puis, il y a, en alternance, cette pièce de théâtre écrite par les jumeaux devenus grands, une sorte d’exutoire au mal, une façon de transcender la douleur vécue.

Ce texte met en scène les enfants qui, perchés sur le toit de l’immeuble résidentiel, assistent à une éclipse de Lune.

Véritable métaphore de cette déchirure, le phénomène lunaire devient ce moment sombre, cette transition pendant laquelle la peur s’installe, la peur que tout bascule, que tout explose et que rien ne puisse redevenir comme avant, que règne désormais le chaos, sans plus d’étoiles pour les guider.

Si le thème du divorce a été mille fois traité en littérature jeunesse, l’angle choisi par Jennifer Tremblay brille par sa délicatesse et par sa poésie.

Elle parvient à partager à la fois l’amour, la peine, la peur — ces petits battements de cœurs oubliés chez son père et sa mère — et l’espoir d’une reconstruction, d’un monde nouveau avec candeur et sensibilité.

Combinant théâtre et journal intime, la forme du roman participe d’ailleurs de cet effet de sens en créant, mine de rien, un nouvel univers, distinct, et tout à fait équilibré.

Des éclats de nous, Journal de Léo H., comédien

★★★ 1/2

Jennifer Tremblay, Montréal, Leméac, 2018, 72 pages