Trump vu par Woodward: portrait d'un président inculte et colérique

Si plusieurs ouvrages peu flatteurs pour Donald Trump ont déjà été publiés, la réputation du journaliste Bob Woodward donne à celui-ci un relief particulier.
Photo: Olivier Douliery Archives Agence France-Presse Si plusieurs ouvrages peu flatteurs pour Donald Trump ont déjà été publiés, la réputation du journaliste Bob Woodward donne à celui-ci un relief particulier.

Plus de 400 pages, des anecdotes et des confidences : le livre du journaliste d’enquête Bob Woodward sur Donald Trump dresse le portrait d’un président inculte, colérique et paranoïaque que ses collaborateurs s’efforcent de contrôler pour éviter les pires dérapages.

Si plusieurs ouvrages peu flatteurs pour le 45e président des États-Unis ont déjà été publiés, la réputation de Woodward, célèbre à travers le monde pour avoir révélé, avec Carl Bernstein, le scandale du Watergate qui a contraint Richard Nixon à la démission, donne à celui-ci un relief particulier.

Le Washington Post, qui a obtenu une copie du livre dont la sortie est prévue le 11 septembre, à quelques semaines des élections législatives de mi-mandat, a publié mardi de nombreux extraits.

À l’issue d’une rencontre entre M. Trump et son équipe de sécurité nationale sur la présence militaire sur la péninsule coréenne, le secrétaire à la Défense, Jim Mattis, particulièrement exaspéré, aurait dit à des proches que le président se comportait comme un « élève de la petite école ».

Toujours selon les éléments rassemblés par Bob Woodward, après l’attaque chimique d’avril 2017 attribuée au régime du président syrien Bachar al-Assad, M. Trump aurait appelé le général Mattis et lui aurait dit qu’il souhaitait l’assassiner.

« Tuons-le bordel ! Allons-y ! On leur rentre dedans et on les bute », aurait-il déclaré. Après avoir raccroché, M. Mattis se serait tourné vers un conseiller et aurait dit : « Nous n’allons rien faire de tout cela. Nous allons être beaucoup plus mesurés. »

Dans un communiqué, Sarah Sanders, porte-parole de la présidence, a estimé que le livre se résumait « à des histoires inventées, souvent par d’anciens employés mécontents ». Fait notable, elle ne met cependant pas directement en cause son célèbre auteur.

Reconnaissant que les méthodes du magnat de l’immobilier ne sont pas « conventionnelles », elle assure qu’il obtient « toujours » des résultats et que « personne ne pourra le battre en 2020 ».

« On est chez les fous »

Le livre, qui doit prochainement être traduit en français, décrit aussi longuement la frustration récurrente du secrétaire général de la Maison-Blanche, John Kelly, qui est traditionnellement l’homme le plus proche du président au sein de la « West Wing ».

Lors d’une réunion en petit comité, il aurait ainsi affirmé, à propos de Donald Trump : « C’est un idiot. C’est inutile d’essayer de le convaincre de quoi que ce soit. Il a complètement déraillé. On est chez les fous. Je ne sais même pas ce que nous faisons là. C’est le pire boulot que j’aie jamais eu. »

Le livre relate les subterfuges utilisés par l’entourage du président de la première puissance mondiale pour éviter qu’il ne prenne des décisions à l’emporte-pièce.

Selon l’ouvrage explosif, son ancien conseiller économique Gary Cohn a ainsi « volé une lettre qui se trouvait sur le bureau de Trump » que le président avait l’intention de signer et qui visait à officiellement retirer les États-Unis d’un accord commercial avec la Corée du Sud.

M. Cohn a ensuite expliqué à un proche qu’il l’avait fait au nom de la sécurité nationale et que le magnat de l’immobilier n’avait jamais remarqué qu’elle était manquante.

Des extraits publiés par le Washington Post se dégage aussi l’image d’un président irascible qui s’en prend à ses collaborateurs avec une violence peu commune.

« Je ne vous fais pas confiance. Je ne veux plus que vous meniez des négociations. [...] Vous avez fait votre temps », aurait-il ainsi affirmé au secrétaire au Commerce Wilbur Ross, de huit ans son aîné.

Objet récurrent du mépris présidentiel, le secrétaire à la Justice Jeff Sessions est aussi traité sans ménagement. « Ce type est mentalement retardé. C’est un abruti du Sud », aurait affirmé M. Trump à l’un de ses conseillers, Rob Porter.

Le boulet de l’enquête sur l’ingérence russe

L’enquête du procureur spécial Robert Mueller, centrée sur une éventuelle collusion entre l’équipe de campagne de Trump et la Russie, occupe une place de choix dans le livre.

Woodward raconte comment John Dowd, ancien avocat de Trump qui a depuis jeté l’éponge, a tenté de convaincre le président de ne pas témoigner, ce qu’il avait envisagé de faire. « Je ne vais pas rester les bras croisés et le laisser passer pour un idiot », aurait déclaré sans détour l’avocat à M. Mueller pour expliquer sa réticence.

L’auteur affirme avoir cherché, sans succès, à interroger M. Trump pour ce livre. Il précise que le locataire de la Maison-Blanche l’a appelé mi-août, alors que le manuscrit était terminé.

Le Washington Post publie l’enregistrement de la conversation entre les deux hommes au cours de laquelle M. Trump affirme que personne ne lui a fait passer le message du journaliste et assure qu’il aurait « adoré lui parler ».

« Vous savez que je fais un travail extraordinaire pour le pays. [...] Vous comprenez tout ça ? Enfin, j’espère », lance-t-il au milieu de cet étonnant échange.