Fiction américaine: souvenirs douloureux

Dans «Lèvres de pierre», Nancy Huston replonge dans ses impressions d’un voyage effectué en 2008 au Cambodge.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Dans «Lèvres de pierre», Nancy Huston replonge dans ses impressions d’un voyage effectué en 2008 au Cambodge.

Poursuivant sa réflexion sur sa trajectoire littéraire entreprise avec Bad Girl. Classes de littérature (Actes Sud, 2014), Nancy Huston s’intéresse de façon personnelle à l’histoire universelle. Dans Lèvres de pierre (Actes Sud, le 12 septembre), la Parisienne d’adoption native de Calgary replonge dans ses impressions d’un voyage effectué en 2008 au Cambodge, pays au passé sanglant où les habitants et bouddhas de pierre sourient pourtant paisiblement, afin de retracer comment Saloth Sâr est devenu Pol Pot.

Établi à Vancouver, David Chariandy s’inspire de sa jeunesse dans un quartier difficile de Toronto et de la diaspora caribéenne au Canada. Sur fond de hip-hop, 33 tours (Éditions Zoé, le 6 septembre) s’attache au quotidien de deux frères adolescents et de leur mère, confrontés au racisme et à la violence policière, dont le destin bascule un jour d’été 1991 lorsqu’a lieu une fusillade.

Dans La ville au milieu des eaux (Actes Sud, en septembre), recueil de brèves nouvelles nostalgiques, le Brésilien d’origine libanaise Milton Hatoum (Orphelins de l’Eldorado) puise dans le souvenir de ses errances à Paris, à Barcelone et à San Francisco, ainsi que dans les vapeurs d’alcool, de sueur et de mambo de Manaus, sa ville natale, pour aborder le temps qui fuit et les rêves brisés.

L’homme de lettres haïtien Lyonel Trouillot(Kannjawou) met en scène un improbable duo dans Ne m’appelle pas capitaine (Actes Sud, en librairie). Aspirante journaliste bourgeoise, Aude se présente chez Capitaine, ancien grand maître d’arts martiaux, afin d’enquêter sur le Morne Dédé, quartier de Port-au-Prince où vivaient autrefois les opposants à la dictature.

New York, New York

La Grosse Pomme demeure une source intarissable pour les romanciers. Ainsi, le New York sur fond de Seconde Guerre mondiale a inspiré à Jennifer Egan (Prix Pulitzer pour Qu’avons-nous fait de nos rêves ?) le portrait d’une jeune scaphandrière du chantier naval de Brooklyn chargée de réparer les navires partant se battre contre les Allemands dans Manhattan Beach (Robert Laffont, en librairie).

New York, 1976. Matthew, 16 ans, vient de perdre son père. Avec sa mère, il quitte le quartier populaire de Queens et s’installe dans le chic Manhattan, où il se lie d’amitié avec ses voisins, le chanteur Lou Reed, qui deviendra une figure paternelle, et sa petite amie transgenre. Premier roman de l’acteur Michael Imperioli (Les Soprano), Wild Side (Autrement, le 25 septembre) est un récit initiatique évoquant L’attrape-coeurs, de J. D. Salinger, et Just Kids, de Patti Smith.

Après avoir exploré le New York de la Grande Dépression à travers le regard d’une immigrante russe dans son premier roman, Les règles du jeu, Amor Towles revisite la Russie soviétique des années 1920 aux années 1950 — en faisant fi de toute vraisemblance historique. Dans Un gentleman à Moscou (Fayard, en librairie), l’impénitent comte Rostov (clin d’oeil à Guerre et paix, de Tolstoï) est assigné à résidence par un tribunal bolchevique au luxueux hôtel Metropol de Moscou, où il fréquentera la haute société soviétique.

Finaliste du prix Femina 2014 pour Prières pour celles qui furent volées, l’Américaine Jennifer Clement se penche sur la pauvreté et sur le marché de l’armement à travers le regard d’une adolescente qui voit d’un mauvais oeil la liaison de sa mère avec un Texan au passé trouble dans Balles perdues (Flammarion, en librairie), roman au ton comique et poétique.

Dans le roman polyphonique Personne n’est obligé de me croire (Buchet-Chastel, le 6 septembre), le Mexicain Juan Pablo Villalobos (Dans le terrier du lapin blanc) flirte avec le roman noir en brouillant les frontières entre la réalité et la fiction. En 2004, Juan Pablo quitte Mexico pour Barcelone avec sa copine après avoir reçu une bourse d’études, mais avant de partir, le brillant étudiant est adoubé mafieux par l’un de ses cousins.

Enfin, le Vancouverois Douglas Coupland, auteur du cultissime Génération X, observe avec ironie la société d’aujourd’hui dans Obsolescence des données (Au Diable Vauvert, en librairie), recueil d’essais et de nouvelles où il passe au tordeur les fausses prédictions des penseurs du XXe siècle et les dérives de l’âge numérique.

Dystopie médiévale futuriste

L’Américaine Lidia Yuknavitch (The Chronology of Water : A Memoir) transporte dans un monde post-apocalyptique Christine de Pizan, première femme de lettres française à avoir vécu de sa plume, et Jeanne d’Arc, sainte héroïne que la première a célébrée dans le Ditié de Jeanne d’Arc. Dans Le roman de Jeanne (Denoël, en librairie), campé en 2049, la terre est ravagée par la guerre et par la pollution et les êtres humains sont forcés de mourir le jour de leur 50e anniversaire. Dans l’espoir de soulever le peuple, Christine, 49 ans, entreprend d’écrire le récit de Jeanne, jeune rebelle morte sur le bûcher pour avoir affronté le tyran sanguinaire qui contrôle l’univers.

Trésor du passé

Roman paru en 1934, inédit en français, XYZ (Allia, en septembre), de Clemente Palma (1872-1946), auteur péruvien s’étant exilé au Chili, propose une histoire de savant fou pour cinéphiles. À partir d’une préparation à base d’albumine et de radium mise en contact avec de la pellicule, le Dr Xyz clone des stars de cinéma, comme Greta Garbo et Joan Crawford, de même que le regretté Rudolph Valentino. Bientôt, les studios MGM ne savent plus que faire de leurs vedettes dédoublées.