Fiction d’ailleurs: les nouvelles du monde

L’Égyptien Alaa el-Aswany raconte la place Tahrir de 2011 dans «J’ai couru vers le Nil».
Photo: Joël Saget Agence France-Presse L’Égyptien Alaa el-Aswany raconte la place Tahrir de 2011 dans «J’ai couru vers le Nil».

Entre les convulsions politiques du monde contemporain et le souffle plus délicat des passions intimes, les traductions, comme d’habitude, font le grand écart. Un certain nombre de titres attirent déjà l’attention.

L’Égyptien Alaa el-Aswany mélange un peu les deux avec J’ai couru vers le Nil (Actes Sud, le 6 septembre), dans lequel l’auteur de L’immeuble Yacoubian (2006) donne vie à toute une galerie de personnages autour des manifestations de la place Tahrir du Caire en 2011 : deux étudiants en médecine qui vont tomber amoureux en soignant les blessés, un grand bourgeois copte ou un ancien communiste désabusé — un roman toujours interdit de publication en Égypte.

Photo: Tobias Schwarz Agence France-Presse Dans «Swing Time», la superstar britannique Zadie Smith raconte l’histoire de deux petites filles métisses issues d’un quartier populaire de Londres qui deviennent meilleures amies, se perdent de vue, puis se retrouvent des années plus tard.

Avec Swing Time (Gallimard, en septembre), son cinquième roman, Zadie Smith raconte l’histoire de deux petites filles métisses d’un quartier populaire de Londres qui se rencontrent lors d’un cours de danse, vont développer une relation fusionnelle et se perdre de vue, avant de se retrouver bien des années plus tard. Un « roman d’apprentissage et de désillusion » dans lequel l’auteure de De la beauté (2007) nous revient, dit-on, avec une réflexion sur le racisme, l’identité et la célébrité.

Connaissant l’esprit à la fois critique et fantaisiste qui est le sien, il ne faudra pas s’étonner de découvrir que l’écrivain britannique Salman Rushdie s’inspire de son nouveau pays d’adoption — lui qui vit à New York depuis le début des années 2000. Il nous revient avec une satire politique des États-Unis intitulée La maison Golden (Actes Sud, en librairie), qui se déroule pendant les huit années de la présidence de Barack Obama. En compagnie de sa jeune maîtresse russe, Néron Golden, un « énigmatique millionnaire venu d’un lointain Orient » s’installe avec ses trois fils adultes, brillants et névrosés dans Greenwich Village.

Vaut-il mieux avoir aimé et perdre ou ne jamais avoir aimé ? C’est un peu la question que pose Julian Barnes dans La seule histoire (Mercure de France, en septembre), histoire d’amour déchirante qui débute, dans une banlieue de Londres au début des années 1960, entre un étudiant de 19 ans et une femme de 48 ans, mariée, alcoolique et malheureuse — dans l’ordre ou le désordre.

Écrivain anglophone né en Jordanie de parents libanais, Rabih Alameddine, Prix Femina 2016 pour Les vies de papier, est attendu avec L’ange de l’histoire (Les Escales, le 30 septembre). Le temps d’une nuit, dans la salle d’attente d’un hôpital psychiatrique, un poète d’origine yéménite revient sur les événements qui ont marqué sa vie : son enfance dans un bordel égyptien, son adolescence sous l’égide d’un père fortuné et sa vie d’adulte homosexuel à San Francisco dans les années 1980, en pleine époque du sida.

Réflexion sur la liberté, Kruso (Verdier, en octobre), premier roman du poète allemand Lutz Seiler et Prix du livre allemand de la Foire de Francfort en 2014, entend raconter pour sa part le crépuscule de l’Allemagne de l’Est en 1989, autour d’une communauté de naufragés en marge de la société sur une île de la mer Baltique.

D’autres vies que la sienne

Écrit en anglais, le premier roman de Shih-Li Kow, auteure née dans la communauté chinoise de Kuala Lumpur, La somme de nos folies (Zulma, en septembre) est une chronique pleine d’invention et d’humour tendre qui nous plonge au coeur de la vie d’un petit village d’une Malaisie profondément multiculturelle.

En sept tableaux romanesques, J. M. Coetzee, lauréat du prix Nobel de littérature en 2001, nous offre avec L’abattoir de verre (Seuil, en librairie) le portrait d’une femme au crépuscule de sa vie — personnage dans lequel on reconnaîtra Elizabeth Costello, l’héroïne de plusieurs des histoires de l’écrivain sud-africain.

Deux ans après sa mort, le maître du polar suédois Henning Mankell ressuscite pour sa part avec l’un de ses tout premiers livres, traduit de manière posthume. Dans Le dynamiteur (Seuil, le 23 octobre), il nous raconte simplement la vie d’un homme, ouvrier, militant socialiste, père de famille. Avec plus de gravité et de profondeur, c’est un peu la même brise qui souffle dans Ásta (Grasset, le 7 septembre), où l’Islandais Jon Kalman Stefansson, auteur d’Entre ciel et terre, évoque le quotidien d’une femme née dans les années 1950 et dont la vie n’a pas tenu les promesses de bonheur que ses parents avaient formulées pour elle.

Avec L’affaire Sparsholt (Albin Michel, en septembre), l’écrivain anglais Alan Hollinghurst, Man Booker Prize pour La ligne de beauté (Fayard, 2005), nous fera quant à lui le portrait d’un groupe d’amis liés par la peinture, la littérature et l’amour à travers trois générations.

Le temps des aveux

Réjouissons-nous que l’Espagnol Javier Cercas ait enfin trouvé le courage d’écrire sur l’une des figures qui ont inspiré Les soldats de Salamine, soit celle de son grand-oncle Manuel Mena, tombé au combat à dix-neuf ans alors qu’il luttait dans l’armée franquiste contre la République espagnole. Un autre bel hybride de « littérature du réel » et d’invention de soi, Le monarque des ombres (Actes Sud, le 6 septembre) se penche sur un épisode sombre et particulièrement honteux de la légende familiale de l’écrivain — du genre qui fait souvent les bons livres.

Photo: Joel Saget Agence France-Presse L’Espagnol Javier Cercas propose un autre hybride de «littérature du réel» et d’invention de soi avec «Le monarque des ombres».

Publié avec une préface d’Haruki Murakami, Onzième roman, livre dix-huit (Notabilia, en octobre), du Norvégien Dag Solstad, s’intéresse à la crise existentielle d’un homme de 50 ans qui réalise que c’est le hasard qui a guidé sa vie, malgré les choix radicaux qu’il a cru faire. Peter Handke a dit de lui qu’il était « un écrivain des profondeurs »…

Le 21 décembre 2007, à minuit, alors que la Lituanie intègre l’espace Schengen, chacun de leur côté trois couples entreprennent de prendre d’assaut l’Europe. Dans Vilnius, Paris, Londres (Liana Levi, en octobre), l’Ukrainien Andreï Kourkov « donne un visage à tous les désenchantés du rêve européen ».

Sept ans de réflexion

Romancière polonaise la plus célèbre de sa génération, Olga Tokarczuk a reçu en 2018 le Man Booker International Prize pour Les pérégrins. Les livres de Jakób (Noir sur Blanc, en octobre) raconte en plus de mille pages le destin exubérant de Jakób Frank, un juif converti à l’islam puis au christianisme, libertin, hors-la-loi et gourou qui « a traversé l’Europe des Lumières comme la mèche allumée d’un baril de poudre ». Un livre ambitieux qui a demandé sept ans de travail à l’écrivaine. Un roman monumental qui fascine déjà.