François Gilbert et la recherche d’équilibre

François Gilbert arrive cet automne avec «Hare Rama», une suite de l’histoire de l’adolescent Mikael Dionne.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir François Gilbert arrive cet automne avec «Hare Rama», une suite de l’histoire de l’adolescent Mikael Dionne.

Après avoir remporté le Prix du Gouverneur général pour son roman Hare Krishna, François Gilbert revient cet automne avec Hare Rama (Leméac, 19 septembre), une suite à la quête d’équilibre de l’adolescent Mikael Dionne. Tout a commencé après un voyage de méditation au Cambodge. « Quand je suis revenu à Montréal, j’ai trouvé ça dur de me réadapter à la vie nord-américaine, à mon travail, à mes amis, au genre de conversations qu’on avait socialement. Alors m’est venue l’histoire de Mikael, qui me ressemble, du moins dans ses questionnements. Ma quête d’union entre la vie matérielle et spirituelle, et l’impression de ne jamais appartenir à l’une ou l’autre de ces vies, ça vient de moi, absolument », raconte Gilbert au téléphone.

Si Mikael semble atteindre une certaine sérénité à la fin du premier tome, ou du moins en garde le souhait, la quête restera difficile dans Hare Rama. « Mikael va continuer à travailler dans cette direction. Mais c’est dur de trouver l’équilibre, raconte l’auteur. Il y a des moments où on l’atteint parce qu’on fait les bons choix, qu’on est entourés des bonnes personnes, mais il y a toujours des éléments imprévisibles qui viennent nous déstabiliser. La vie, pour moi, est une constante recherche d’équilibre. On a beaucoup de tentations, de désirs, beaucoup de choses qui nous éloignent de notre véritable nature. »

D’ailleurs, si Mikael est constamment tiraillé, l’essence du propos qui sert de moteur à cette série tient dans cette volonté de s’appartenir sans se laisser teinter par ce qui nous entoure. La famille, thème de prédilection de l’auteur, fait partie intégrante de cette nécessité de détachement.

« Quand j’étais petit, je sentais que tout ce que je devais faire, c’était pour plaire à mes parents. C’était comme si ça m’empêchait d’être 100 % moi-même. À l’adolescence, j’ai voulu faire une coupure, vivre pour moi, mais sans m’en rendre compte, je cherchais d’autres regards extérieurs, je gardais ce pattern d’être validé par quelqu’un de plus grand que moi. Je pense qu’à un moment donné il faut se défaire de tout ça pour plonger en soi, mais en même temps il ne faut pas s’isoler non plus. Il faut rencontrer le plus de monde possible, pour voir à quoi on appartient, pour voir ce qui nous fait vibrer, ce qui nous déplaît. »

Difficile écriture

Si l’écriture de Hare Krishna a permis à Gilbert de casser le moule littéraire dans lequel il avait écrit Coma — son mémoire de maîtrise, un produit de l’UQAM, dit-il en riant —, de retrouver un langage qui lui ressemble, l’écriture de Hare Rama lui a causé quelques maux de tête. « Je suis parti dans la mauvaise direction. Je n’écrivais pas Krishna pour les ados, mais après avoir visité plusieurs écoles, je me suis senti investi d’une mission. Je me disais : “Tes livres sont lus dans les écoles, c’est ta chance, François, de leur parler et de leur transmettre ce que tu as de meilleur.” Après un an d’écriture, quand j’ai relu ma première version d’Hare Rama, je me suis dit : “Oh ! mais quelle erreur !” C’était pédago, trop clair, moins ouvert et pas très nuancé, je pense. Alors, j’ai recommencé. C’était la meilleure chose qui pouvait m’arriver. »

Oubliant son lectorat et l’envie d’éduquer, il retrouva ainsi l’élan qu’il avait eu pour écrire Krishna. « Ça m’a pris deux ans pour l’écrire. Une année dans la mauvaise direction et une autre pour remettre ça dans la bonne. Mes premières versions sont toujours horribles. D’ailleurs, mon éditeur me dit toujours : “Tu as 5 % de talent et 95 % de travail !” » Voilà qui tombe bien, car il est travailleur.

Qui suis-je ? Où vais-je ?

Les questionnements pullulent dans la production automnale. Julie Bosman signe M’étendre sur l’asphalte (Leméac, le 26 septembre), un roman qui raconte les tourments d’une préadolescente en 1982. Avec Des muscles en fer forgé (Soulières, en septembre), Nathaël Molaison livre une fable poétique dans laquelle un jeune garçon espère en séduire un autre par ses muscles. Le duo Lucile de Pesloüan et Geneviève Darling récidive avec J’ai mal et pourtant, ça ne se voit pas (Isatis, le 30 octobre), un album graphique sur les souffrances psychologiques.

Les plus petits trouveront aussi matière à cogiter. Elsie (Comme des géants, le 22 octobre), fable animalière de Nadine Robert et Maja Kastelic, nous parle d’affirmation de soi. Stéphanie Boulay et Agathe Bray-Bourret offrent Anatole qui ne séchait jamais (Fonfon, en septembre), l’histoire d’un petit malheureux qui devra apprendre à trouver son bonheur. Agnès de Lestrade et Sébastien Chebret abordent l’autisme dans L’enfant qui vivait dans un mur (400 coups, le 2 octobre).

Enfin, avec Le garçon invisible (D’eux, en novembre), Trudy Ludwig et Patrice Barton évoquent avec délicatesse le thème de l’exclusion.

À ne surtout pas manquer

Des éclats de nous (Leméac, le 29 août) de Jennifer Tremblay. La douleur du divorce y est racontée avec une sensibilité peu commune. Calamity Jane (Albin Michel, en septembre) de François Roca, pour découvrir la mère derrière la légende. Voici Colin (Le lièvre de mars, le 4 octobre), l’adaptation, par Christiane Duchesne, d’une comptine britannique traditionnelle illustrée par Gérard Dubois. Les tableaux de Stéphane Poulin dans Le géant, la fillette et le dictionnaire (Gallimard, en octobre), un album de Jean Leroy. Et Je marche avec Vanessa (La Pastèque, en octobre), une histoire de gentillesse par Kerascoët.