«Ravissement à perpétuité»: les fleurs qui parlent de Jonathan Charette

Entre le conte, le roman d’anticipation et l’aphorisme, Jonathan Charette multiplie les ruptures de ton parfois plutôt baroques.
Photo: iStock Entre le conte, le roman d’anticipation et l’aphorisme, Jonathan Charette multiplie les ruptures de ton parfois plutôt baroques.

Peu importe ce qu’en pensent les esprits chagrins, poésie et humour ne sont pas deux idées mutuellement exclusives. Dès les premières pages de Ravissement à perpétuité, Jonathan Charette décrit « ces landes si profondes que le risque de noyade est élevé », desquelles le poète doit à ses risques et périls remonter les trésors qu’il nous offre en partage.

« Pourtant, Hölderlin fait des longueurs dans cet espace depuis plus de deux siècles, ajoute-t-il. Saint-Denys Garneau gagne le championnat d’apnée tous les ans. Char explore les abysses, un rayon en guise de tuba. » Le fragile Saint-Denys Garneau, champion de plongée en apnée ? Haha ! Fallait y penser.

Invitation à écouter et à défendre des agressions du monde les exclus, les animaux et la nature en général, ce troisième livre du lauréat du Prix de poésie des collégiens (pour Je parle arme blanche, 2013) place dos à dos le grave désir de vivre et celui de ne jamais cesser de jouer comme un enfant. « Le Royaume », la troisième partie du recueil, se transforme ainsi en procession carnavalesque durant laquelle fleurs, clochards, oiseaux et prostituées se solidarisent, lumineuse utopie rapidement matée.

Entre le conte, le roman d’anticipation et l’aphorisme, Jonathan Charette multiplie les ruptures de ton parfois plutôt baroques, générant du coup d’étincelantes flammèches d’imagination lâchée lousse. Nous aimerions jeter un oeil dans ce télescope lui permettant d’apercevoir dans le ciel « Tupac boire du Hennessy en compagnie de François Villon ».

Est-il outrancièrement fleur bleue, celui qui place dans la bouche d’une fleur ces paroles ? « En dépit des apparences, nous sommes parentes avec les araignées : comme elles, nous refusons de ramper vers le crématorium. » Pas pantoute. Jonathan Charette est de ceux pour qui le réel émerveillement ne sera possible que lorsque toutes les inégalités auront été abolies.

Ravissement à perpétuité

★★★ 1/2

Jonathan Charette, Éditions du Noroît, Montréal, 2018, 96 pages