Je vois la mer, Joanne Schwartz et Sydney Smith

« De ma maison, je vois la mer. Chez moi, ainsi vont les choses — la maison, le chemin, la falaise verte, la mer. » Sous ce décor paisible et lumineux, dans lequel un petit garçon vit au rythme du vent, se tient la mine. Noire. Là où son père descend tous les matins pour trouver du charbon. « Ainsi vont les choses », répète l’enfant, comme un leitmotiv qui permet de saisir le contraste entre la douceur des jours et le travail ardu, mais nécessaire, du père. L’insouciance et la candeur qui émanent du texte rendent avec une grande sensibilité le quotidien d’un enfant pour qui la claustration de la mine et la liberté qu’offre l’océan s’unissent dans une inexorable destinée. Présenté dans un format à l’italienne, le thème de la mer s’étend sur les doubles pages, tout comme celui des souterrains sombres, seule finalité possible pour ce fils de mineur. Le trait de Sydney Smith évoque avec délicatesse cette opposition entre les jours de grands soleils qui font scintiller la mer et la noirceur du charbon sous lequel ploient les mineurs. Magnifique.

Je vois la mer

★★★★ 1/2

Joanne Schwartz et Sydney Smith, traduit de l’anglais par Christiane Duchesne, Comme des géants, Montréal, 2018, 52 pages