Les ambitions de l’UNEQ

Laurent Dubois est catégorique : «Nous sommes là pour faire la promotion de la littérature. On n’est pas un club d’activités.»
Photo: Valerian Mazataud Le Devoir Laurent Dubois est catégorique : «Nous sommes là pour faire la promotion de la littérature. On n’est pas un club d’activités.»

Le Plan stratégique 2018-2022 proposé par l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) étonne par son ambition. Ce premier plan signé par la nouvelle présidente — la romancière Suzanne Aubry — et le nouveau directeur général — Laurent Dubois —, en place maintenant depuis respectivement un an et huit mois, semble marquer un changement de vision. Et en exiger un, puisqu’il implique de revoir une certaine idée de la littérature « un peu figée, un peu élitiste, un peu académique, pour en afficher une plus large, plus ouverte », comme l’indique M. Dubois.

Oeuvrer pour faire changer la Loi sur le statut de l’artiste afin que des normes équitables puissent s’appliquer au métier d’écrivain. Développer une culture de la lecture au Québec en créant en septembre prochain la Fondation Lire pour réussir. Élargir le nombre de membres, dépoussiérer l’image de l’UNEQ et, qui sait ? de la littérature même. Diminuer grandement les animations in situ de la Maison des écrivains rue Laval à Montréal afin de reconcentrer l’énergie au coeur du mandat.

Voilà l’essentiel des objectifs que s’est donnés ce regroupement d’écrivains, pour quatre ans. Ambitieux ? « Volontairement, on a voulu ce plan comme tel », répond le directeur général, Laurent Dubois, soulignant qu’il y a là peu de nouveaux chantiers, mais que les continuités sont certes accélérées. « La nouveauté, indique M. Dubois, c’est que l’UNEQ va apprendre à dire non. » L’organisme abandonnera des événements qu’il organisait, comme les soirées cinéma où un auteur présentait un film ou les discussions en partenariat avec l’Institut culturel italien. Les programmes qui aident à financer les rencontres d’écrivains dans les écoles (Parlez-moi d’une langue !) ou en divers lieux (Tournées-rencontres) sont là pour de bon.

C’est qu’à son arrivée à la direction, en mai 2017, le diagnostic demandé par Laurent Dubois a révélé que « l’UNEQ avait un spectre d’action très large ; il fallait recentrer. Nous sommes là pour faire la promotion de la littérature. On n’est pas un club d’activités. On est une corporation professionnelle ».

Pour que cette définition se cristallise, la priorité est de faire évoluer la Loi sur le statut de l’artiste (32.01). Car les auteurs, comme les artistes visuels, se trouvent légalement dans une catégorie à part des autres artistes. « La loi est injuste, car les écrivains n’ont aucune possibilité de négocier collectivement avec les producteurs [ici les éditeurs]. Elle prive les auteurs de leur droit à l’association, à la négociation collective. On est tributaires du bon vouloir des éditeurs — et si ça se passe très bien actuellement, ça ne tient qu’à la bonne volonté. Il faut quelque chose de plus structurant. »

Et ce, afin de pouvoir imposer un contrat type d’édition, d’obliger les éditeurs à rendre des comptes et de donner des moyens aux auteurs de contrôler les ventes de leurs bouquins. « Au service juridique de l’UNEQ, on voit des horreurs. La majorité des éditeurs québécois ont de bonnes pratiques », mais de très mauvaises existeraient encore, selon le directeur. La nouvelle politique culturelle, dévoilée mardi en plein vent électoraliste, rendait possible l’ouverture de la loi, à la joie de l’UNEQ. « Mais on reste avec la crainte que les deux lois ne soient encore traitées que comme une seule loi. Et qu’est-ce qui va se passer s’il y a un changement de gouvernement ? »

En septembre, l’UNEQ lancera sa Fondation Lire pour réussir, afin de promouvoir la lecture. Si M. Dubois en sera le directeur, et si le poste de directeur du développement philanthropique qui sera créé pour l’occasion sera d’abord financé par l’UNEQ, la Fondation serait autrement indépendante.

« On veut militer pour que le Québec sorte de la situation d’analphabétisme et de manque de littératie qui perdure. On va aller chercher de nouvelles sources d’argent, des commandites, ajoute le directeur. On va explorer un endroit qui n’est que très peu exploré et qui a des incidences économiques fortes, entre autres sur l’employabilité des gens. Pour nous, le lien est direct entre la promotion de la littérature et celle de la lecture. »

Davantage de membres

Pour se donner plus de poids, l’UNEQ veut augmenter son bassin de membres, en invitant les auteurs de l’oralité, conteurs et slammeurs à se joindre à l’organisation. « On reconnaît la dimension plus académique de la littérature, mais on veut afficher une approche plus large. »

Comment le faire en évitant les tensions entre des visions de la littérature qui ne se respectent pas toujours, l’une voyant souvent l’autre comme scénique et superficielle, l’autre voyant l’une comme quasi préhistorique ? « C’est un chantier en cours. Le milieu évolue, on doit le faire aussi. Il faut également qu’on se pose des questions sur l’autoédition, sur ce qui fait le professionnalisme. On s’est fait dire souvent que l’UNEQ était une vieille affaire poussiéreuse. On veut changer ça, mélanger les genres, naviguer à travers les générations, les univers, les visions de la littérature. Si quelqu’un doit faire le pont, c’est certainement l’UNEQ », conclut le directeur général.