«Le Québec à 5 km/h»: à la découverte du mystère des forêts québécoises

Un caribou solitaire sur la rivière Péribonka. Tiré du livre «Le Québec à 5 km/h».
Photo: Lucie Cloutier / Fides Un caribou solitaire sur la rivière Péribonka. Tiré du livre «Le Québec à 5 km/h».

En 1949, le naturaliste et ethnologue Jacques Rousseau (1905-1970), né en banlieue de Montréal, découvre, grâce à son guide innu, l’un des derniers secrets de la géographie québécoise : les mystérieux monts Otish au nord-est du lac Mistassini et, « en plein centre du massif, une vallée de rêve ». Henry David Thoreau, en contemplant notre Saint-Laurent des hauteurs du Maine, avait compris pourquoi, selon les Amérindiens, la montagne était sacrée.
 

L’éblouissement de Rousseau, l’un des premiers scientifiques québécois qui, influencés par les autochtones, ont réhabilité la noble nature sauvage, dans ses dimensions minérale, végétale, animale et, bien sûr, humaine, prolongeait celui de l’écrivain américain du XIXe siècle, son illustre devancier.

Les deux figurent parmi les explorateurs qui ont inspiré l’anthropologue et randonneuse Nathalie Le Coz dans Le Québec à 5 km/h, son guide érudit et illustré des sentiers actuels et des rivières canotables.

Plus qu’un avant-goût des vacances estivales, le livre est une invitation à une aventure intérieure. L’anthropologue y rappelle la « nostalgie des espaces sauvages » dans l’Europe romantique qui fuyait le rationalisme des Lumières. Revivre la Nouvelle-France en marchant sur les traces de Champlain ou de Radisson compte peu par rapport à la conscience écologique très contemporaine acquise par les longues promenades en pleine nature.

Nathalie Le Coz explique avec finesse qu’« aux États-Unis, de l’acharnement à repousser la “frontière” en abattant la forêt pour installer la famille et l’église a surgi son contraire : la reconnaissance toujours plus profonde du wilderness comme repère identitaire, comme temple naturel de l’Amérique où il est bon de se recueillir ». L’attirance vers un panthéisme informel lui permet d’affirmer : « Pour la première fois dans l’histoire, la marche est vécue comme une expérience esthétique, sinon spirituelle. »

En lien avec cette évolution de l’imaginaire s’illustrent Henri-Gustave Joly de Lotbinière, premier ministre libéral du Québec (1878-1879), défenseur de nos forêts, et, dès 1895, le gouvernement québécois qui crée le parc national du Mont-Tremblant, à l’exemple du parc américain de Yellowstone. Nathalie Le Coz résume bien le changement de mentalité : « Les adeptes d’un certain tourisme d’aventure emboîtent le pas aux travailleurs forestiers. »

Mais cela serait incomplet sans la démocratisation des loisirs offerts par la nature vierge. Nathalie Le Coz en est consciente lorsqu’elle rapporte qu’à un médecin élitiste, membre d’un club privé de pêche, qui, sur un ton condescendant, lui demandait s’il avait peur des « sauvages », le naturaliste Napoléon-Alexandre Comeau (1848-1923), encore adolescent, répondit : « Je connais les sauvages. J’ai passé toute ma vie avec eux. » La forêt inviterait à la fraternité universelle.

Extrait de «Le Québec à 5 km/h»

« Pour bon nombre de scientifiques et de créateurs, le magnétisme du Nord enfin retrouvé en a fait un lieu de réconciliation culturelle avec les Premières Nations, de recherche fondamentale multidisciplinaire et d’“archéologie” de mythes fondateurs de la culture québécoise. En cours de recherche, on y a aussi redécouvert un centre géographique et hydrographique où domine un incontournable massif, l’un des plus hauts du territoire. »

Le Québec à 5 km/h. Sur les sentiers et rivières des explorateurs.

★★★

Nathalie Le Coz, Fides, Montréal, 2018, 176 pages

Sur les sentiers et rivières des explorateurs

★★★