Vingt-cinq livres coups de cœur pour l'été

Dans un hamac: l’une des bonnes façons de profiter de la lecture estivale
Photo: Karl-Josef Hildenbrand Agence France-Presse Dans un hamac: l’une des bonnes façons de profiter de la lecture estivale

Fiction, non-fiction, polar, jeunesse, bande dessinée d'ici et d'ailleurs. À l'approche des vacances, les critiques du Devoir vous proposent une sélection de livres qui les ont fait vibrer depuis le début de l'année.

Fiction et non-fiction québécoise
 

   
Pinsonia (1500-2011)
Rodolphe Lasnes, Leméac, Montréal, 2018, 240 pages
★★★★

Un journaliste enquête sur la mort d’un ami cinéaste. Ses découvertes vont le confronter aux mensonges et aux faux-semblants qui façonnent parfois les États. Ce que Christian Desmeules en a dit : « Mélangeant roman noir, récit historique et uchronie tropicale, à coups de détails criants de vérité et d’habile fumisterie, Rodolphe Lasnes arrive à construire un univers parfaitement maîtrisé. »


Les querelleurs
France Théoret, La Peuplade, Chicoutimi, 2018, 152 pages
★★★★

Un éditeur qui a la certitude d’avoir fait l’histoire et un écrivain qui surjoue son importance s’affrontent sur fond de réédition. Ce que Fabien Deglise en a dit : « Chronique fine et caustique d’un combat de coqs en terrain judiciaire, le livre dresse le portrait délicieusement vitriolique de la suffisance, des manipulations et des jeux de domination, très mâles, dont aime se gausser un certain pan lettré du féminisme auquel l’auteure revendique depuis des années une appartenance. »


La fatigue des fruits
Jean-Christophe Réhel, L’Oie de Cravan, Montréal, 2018, 84 pages
★★★★

Un recueil de poésie qui revendique le droit à la fatigue. Ce que Dominic Tardif en a dit : « Réhel s’entête à décrire les aspects les plus prosaïques d’une vie où les allers-retours vers la clinique se font trop nombreux pour que chacun d’entre eux devienne un événement. Sa fatigue, c’est aussi l’usure prématurée d’un corps ayant rarement le luxe d’un jour de repos. »


Le marcheur du ciel
Daniel Mativat, Montréal, Pierre Tisseyre, 2018, 136 pages
★★★★

Dans ce roman pour adolescents, un homme raconte l’histoire de son arrière-grand-père qui a participé à la construction du pont de Québec au début du XXe siècle. Ce que Marie Fradette en a dit : « L’écriture très imagée de Daniel Mativat et son sens du rythme contribuent à la richesse de ce roman qui donne la parole aux ouvriers, mais aussi à ces Amérindiens qui ont participé à la construction. »


Récolter la tempête
Benoît Côté, Triptyque, Montréal, 2018, 342 pages
★★★★

La grande tragédie de l’adolescence se joue ici sur les terres banales de Saint-Hyacinthe. Ce qu’Anne-Frédérique Hébert-Dolbec en a dit : « Dans un langage extrêmement travaillé dans lequel tous les adolescents des années 1990 débusqueront une pointe de poésie, le compositeur québécois donne vie avec un réalisme saisissant aux questionnements, aux pertes de repères, aux rejets des conventions, aux inévitables déceptions et aux déchirements identitaires qui jonchent le passage vers l’âge adulte. »


Douze ans en France
Mélikah Abdelmoumen, VLB, Montréal, 2018, 224 pages
★★★ 1/2

Entre 2005 et 2017, une Québécoise née à Chicoutimi vit à Lyon en France. Elle en a ramené un récit politique. Ce que Dominic Tardif en a dit : « Après avoir un temps idéalisé le Québec depuis cette France qui la tyrannisait, l’expatriée déchantera d’un coup en apprenant la nouvelle de l’attentat à la mosquée de Québec, en janvier 2017. »


De concert
Jimmy Beaulieu, Sophie Bédard, Vincent Giard, Singeon, La mauvaise tête, Montréal, 2018, 92 pages
★★★ 1/2

C’est l’histoire d’un concert à la Sala Rossa, haut lieu de la musique marginale à Montréal, racontée à huit mains par un groupe de joyeux bédéistes. Ce que Dominic Tardif en a dit : « Que ce soit pour nourrir sa misanthropie en observant les autres spectateurs, sortir de son corps, se mettre dans le trouble ou dans l’espoir de frencher un inconnu avant que le soleil ne se lève, le rock demeure le plus fidèle des alliés. »


Il n’y a pas d’erreur: je suis ici
Éléonore Létourneau, XYZ, Montréal, 2018, 154 pages
★★★ 1/2

Un designer d’objets au bord du gouffre va revoir Venise avec l’intention d’y mourir. Ce que Fabien Deglise en a dit : « Le texte donne l’impression d’une syntonie étrange avec le Lento Cantabile Semplice d’Henryk Gorecki (Symphonie no 3, opus 36) ou avec la langueur funeste de quelques chansons d’Alain Bashung. […] L’écriture précise, aiguisée et juste de la jeune romancière livre une solide cartographie de l’âme humaine sondée dans cette fragilité que la maladie parfois installe. »


Nos silences
Wahiba Khiari, XYZ, Montréal, 2018, 94 pages
★★★ 1/2

La décennie noire en Algérie racontée par une femme qui en a été une des grandes victimes. Ce que Fabien Deglise en a dit : « Le roman de Wahiba Khiari est bref. Sa charge évocatrice, elle, cultive toutefois l’effet durable, en portant l’angoisse de ces bruits qui annonçaient le pire le soir autour des maisons et l’incompréhension mâtinée de résignation sur les visages d’un peuple en train de laisser son humanité se faire submerger par l’histoire. »


Alice marche sur Fabrice
Rosalie Roy-Boucher, Éditions de Ta Mère, Montréal, 2018, 165 pages
★★★

Dans ce premier roman, une jeune fille cherche à dissoudre son chagrin d’amour sur le chemin de Compostelle. Ce que Dominic Tardif en a dit : « Pour emprunter au vocabulaire d’Offenbach, le ton de ce roman est celui d’un rock de velours, hurlé entre tendresse et sarcasme, par une jeune femme refusant de baisser les bras. »


Un mal terrible se prépare
Laurent Lussier, La Mèche, Montréal, 2018, 240 pages
★★★

Dans la forêt laurentienne, un jeune campeur trouve une chauve-souris morte et devient bénévole au sein d’un réseau d’urgence pour la faune. Ce que Dominic Tardif en a dit : « Faux thriller environnemental, roman d’apprentissage, portrait d’un homme se laissant porter par les événements ; Un mal terrible se prépare se dérobe à toutes les descriptions et donne souvent à son lecteur l’impression d’avoir gobé une grosse poignée de champignons hallucinogènes. »


 

Fiction d'ailleurs
 

   
Le fer et le feu
Brian Van Reet, traduit de l’anglais par Michel Lederer, Éditions de l’Olivier, Paris, 2018, 299 pages
★★★★ 1/2

Critique de la guerre et de l’engagement militaire américain à l’étranger par ses visages humains. Ce qu’Anne-Frédérique Hébert-Dolbec en a dit : « En choisissant de montrer la guerre dans toute son humanité, ni noire, ni blanche, à travers ses convictions autant que ses désillusions, Brian Van Reet offre un premier roman poignant et intemporel qui encourage à ouvrir les yeux au-delà des faibles échos qui nous parviennent de ces violents conflits. »


Le lambeau
Philippe Lançon, Gallimard, Paris, 2018, 512 pages
★★★★

Survivant de l’attentat à Charlie Hebdo, l’auteur raconte sa lente reconstruction. Ce que Christian Desmeules en a dit : « Avec ce récit calme et puissant, Lançon effectue une plongée dans le temps à la recherche de sa mémoire lointaine. […] On ne trouvera pas d’amalgames et encore moins de colère dans Le lambeau — si l’auteur en éprouve, rien ne transparaît le long des cinq cents pages de son récit. »


Le pouvoir
Naomi Alderman, traduit de l’anglais par Christine Barbaste, Calmann-Lévy, Paris, 2018, 400 pages
★★★★

Dans un monde au futur incertain, l’apparition d’un étrange pouvoir renverse le rapport de force entre les hommes et les femmes. Ce que Fabien Deglise en a dit : « Redoutable critique des emportements féministes du moment, le bouquin de Naomi Alderman tient en haleine de la première à la dernière page, avec sa diversité de personnages qui incarnent les différentes facettes d’une dérive prévisible. »


My Absolute Darling
Gabriel Tallent, traduit de l’anglais par Laura Derajinski, Gallmeister, Paris, 2018, 464 pages
★★★★

Dans le nord de la Californie, une jeune fille issue d’une famille recluse se bat pour devenir elle-même. Ce que Christian Desmeules en a dit : « Chronique d’une relation empoisonnée qui prend la forme insoutenable et mensongère d’un “amour absolu”, le roman de l’Américain de 31 ans […] est surtout un récit d’apprentissage accéléré gonflé de sève et de violence. […] Un voyage au coeur des ténèbres à la puissance rare, servi par une écriture sensuelle et minutieuse. »


Les amants polyglottes
Lina Wolff, traduit du suédois par Anna Gibson, Gallimard, Paris, 2018, 300 pages
★★★★

Une trentenaire à la vie sentimentale abîmée trouble sa vie en détruisant un manuscrit confié à un critique littéraire obèse. Ce que Fabien Deglise en a dit : « Les amants polyglottes laisse l’ignominie dévoiler la poétique de son visage et donne cette voix littéraire, habitée par la délicatesse et la précision à une faune humaine figée dans la médiocrité de certains déterminismes. »


Le ministère du Bonheur suprême
Arundhati Roy, traduit de l’anglais par Irène Margit, Gallimard, Paris, 2018, 544 pages
★★★★

Au coeur de l’Inde, ce roman social et politique suit la trajectoire de personnages brisés dans un monde qui l’est tout autant. Ce que Christian Desmeules en a dit : « Sous le regard sensible et aiguisé de l’écrivaine, qui n’hésite pas […] à multiplier les voix et les points de vue, le Vieux Delhi devient une ruche immense animée d’un va-et-vient incessant, un désordre organisé à la logique complexe. Le concentré d’un pays immense et pluriel. »


3 fois dès l’aube
Aude Samama et Denis Lapière, d’après Alessandro Baricco, Futuropolis, Paris, 2018, 100 pages
★★★★

Deux personnages, un homme, une femme, se rencontrent trois fois dans trois chambres d’hôtel différentes. Ce que Fabien Deglise en a dit : « Il y a quelque chose des toiles d’Edward Hopper qui traverse la proposition graphique de cette oeuvre singulière mettant en dessin l’étrange roman d’Alessandro Baricco Trois fois dès l’aube. Sublime. »


Voleur, espion et assassin
Iouri Bouïda, traduit du russe par Sophie Benech, Gallimard, Paris, 2018, 336 pages
★★★★

L’auteur passe par la fiction pour raconter son enfance vécue dans une petite ville près de Kaliningrad. Ce que Christian Desmeules en a dit : « Avec humour et profondeur, Iouri Bouïda, longtemps journaliste dans l’enclave soviétique et poète frénétique qui écrivait des “vers au kilomètre”, a mis beaucoup de lui-même dans cette autobiographie en forme d’épique roman d’apprentissage. »


Mon frère
Daniel Pennac, Gallimard, Paris, 2018, 130 pages
★★★★

Daniel Pennac rend hommage à son grand frère, Bernard, sans qui il ne serait jamais entré en littérature. Ce que Fabien Deglise en a dit : « La tristesse et l’angoisse du vide y sont magnifiquement dépassées et laissent surtout la place à une réflexion simple et sensible sur la part de l’autre en soi et sur le mystère de ces attachements familiaux, de ces liens solides qui s’installent entre des êtres capables au bout d’une vie passée ensemble de se connaître, oui, mais finalement très peu. »


Plus jamais seul
Caryl Férey, Gallimard « Série Noire», Paris, 2018, 320 pages
★★★ 1/2

L’ex-flic borgne Mc Cash doit concilier enquête et vacances en famille. Ce que Michel Bélair en a dit : « Cette intrigue extrêmement solide aux ramifications étonnantes repose avant tout sur une écriture époustouflante et une série de personnages hors du commun. […] Son écriture est vive, lancinante, souvent vitriolique, à l’image du caractère et du verbe de son personnage principal. »


4 3 2 1
Paul Auster, traduit de l’anglais par Gérard Meudal, Actes Sud/Leméac, Arles/Montréal, 2018, 1020 pages
★★★ 1/2

Un personnage, quatre versions de sa jeunesse qui traverse la fin des années 1940 jusqu’au début des années 1980 dans une Amérique en mutation. Ce que Fabien Deglise en a dit : « Exercice de style sur la mouvance des identités, journal d’un New-Yorkais savourant les possibles que l’énergie d’une mégalopole lui offre […], cartographie intime des ramifications, ce mégaroman a les phrases longues et les digressions nombreuses sur l’être, le devenir. »


Le serpent de l’Essex
Sarah Perry, traduit de l’anglais par Christine Laferrière, Christian Bourgois éditeur, Paris, 2018, 382 pages
★★★ 1/2

Une jeune veuve quitte Londres et s’intéresse à la légende d’un monstre marin dans une petite ville de l’Essex. Ce que Manon Dumais en a dit : « Si le programme paraît lourd au premier abord, l’écriture élégante et vive de cette native de l’Essex a tôt fait de charmer le lecteur. Surtout si celui-ci a au préalable un penchant avoué pour les romans de Dickens, de Hardy, des Brontë et d’Austen. »


Jours brûlants à Key West
Brigitte Kernel, Flammarion, Paris, 2018, 268 pages
★★★ 1/2

En 1955, Françoise Sagan passe 15 jours à Key West chez son ami Tennessee Williams. L’instant devient ici une fiction. Ce que Fabien Deglise en a dit : « Le tout est en équilibre, juste, entre l’adoration des principaux sujets et leur inscription dans une trame narrative vivante, rythmée par les tensions et les attractions qu’elle expose, et qui, au final, se savoure avec le même plaisir que l’observation d’un coucher de soleil depuis le quai du Mallory Square, à Key West. »


L’homme aux deux ombres
Steven Price, traduit de l’anglais par Pierre Ménard, Alto, Montréal, 2018, 736 pages
★★★ 1/2

Un détective privé opiniâtre part à la recherche d’un homme que son père a poursuivi jusqu’à sa mort. Ce que Manon Dumais en a dit : « On est saisi par la richesse des sombres tableaux que n’aurait pas reniés Arthur Conan Doyle. Tandis que sa description de l’Amérique renvoie à Mark Twain, c’est l’esprit de Charles Dickens qui flotte discrètement dans les ruelles londoniennes peuplées d’enfants cadavéreux. »

1 commentaire
  • Nicole D. Sévigny - Abonnée 10 juin 2018 13 h 16

    L'art de...

    glisser dans le tas un livre, entre autres, " de propagande sélective, complaisante et accommodante" et de jouer au martyr(e). Les Mères Thérésa s'en régaleront.