«Porn Valley»: dans la vallée des avalés

Une intéressante mais un peu trop sage incursion «gonzo» dans l’industrie du X.
Photo: Mark Ralston Agence France-Presse Une intéressante mais un peu trop sage incursion «gonzo» dans l’industrie du X.

Après la Silicon Valley, plus au nord, c’est l’autre « Valley » de l’État le plus populeux des États-Unis. Surnommée « Porn Valley », la vallée de San Fernando abonde en tournages, en vedettes du X et en jeunes inconnues venues souvent de la Bible Belt américaine pour servir de chair à canon à des sites comme Pornhub — au 31e rang parmi les sites Web les plus visités au monde.

La journaliste Laureen Ortiz lève un peu le voile sur cette industrie de l’ombre avec Porn Valley. Une saison dans l’industrie la plus décriée de Californie. Cette Française qui a travaillé comme correspondante aux États-Unis pour Libération et l’AFP a choisi de s’intéresser de près à l’industrie de la pornographie en Californie.

Laureen Ortiz va y passer trois mois en 2015 à explorer les coulisses de cette petite industrie locale, rencontrant vétérans du porno, producteurs, actrices et militants. Elle va ainsi y suivre les efforts d’une ancienne actrice pour former un syndicat et se faire l’écho des débats entourant l’obligation du port du préservatif durant les tournages de films X — loi votée par la Californie en 2014, aujourd’hui abrogée.

Mais il y a plus : « Plus menaçant que le préservatif, une société ultra secrète, basée à Montréal, mais dont le siège se trouve au Luxembourg, a fauché le secteur à coup de contenus piratés et gratuits via les “tubes” et autres “hubs” (YouPorn, PornHub, Redtube, etc.). »

Une intéressante mais un peu trop sage incursion gonzo dans l’industrie du X. Hunter S. Thompson et Tom Wolfe étaient écrivains, ce que n’est pas d’évidence l’auteure de Porn Valley, qui est aux commandes d’un récit faible et mal servi par une recherche sommaire. Un livre qui nous donne l’impression que, par dégoût ou par pudeur, l’auteure détourne le regard de son sujet.

Extrait de « Porn Valley »

« En réalité, ce sont les patrons des plateformes de contenus, les producteurs et les agents qui détiennent le nerf de la guerre. Eux sont là pour durer, contrairement à celles qui finiront au rebut avant leur première ride. Le porno sert d’ascenseur social — retour inclus. Faut-il dès lors se donner corps et âme pour échapper à un destin apparemment inéluctable ? Spiegler a tranché. “Dans tout commerce, on exploite les gens. Le business n’a pas de coeur, et le porno, c’est un business.” »

Porn Valley. Une saison dans l’industrie la plus décriée de Californie

★★★

Laureen Ortiz, Premier Parallèle, Paris, 2018, 320 pages