«La Montagne»: dans le gigantisme des hauteurs

Le camionneur solitaire présenté dans le texte de Carmen Chica devient, sous le pinceau de Manuel Marsol, un homme curieux, avide de découvrir cette nature abondante, touffue qui grouille de vie et au sein de laquelle il n’est pas du tout seul.
Illustration: Manuel Marsol, «La Montagne» Le camionneur solitaire présenté dans le texte de Carmen Chica devient, sous le pinceau de Manuel Marsol, un homme curieux, avide de découvrir cette nature abondante, touffue qui grouille de vie et au sein de laquelle il n’est pas du tout seul.

« Chaque jour, le livreur traverse la montagne. Mais aujourd’hui, il doit faire une petite pause. » Ce qui devait être un arrêt banal pour soulager une envie pressante se transforme en aventure onirique conviant cet homme à une communion surréelle avec la nature.

Si le texte se veut bref et sans effet particulier, menant simplement le voyageur à chercher son chemin pour retrouver son camion, les illustrations apportent une tout autre dimension à l’histoire.

Le camionneur solitaire présenté dans le texte de Carmen Chica devient, sous le pinceau de Manuel Marsol, un homme curieux, avide de découvrir cette nature abondante, touffue qui grouille de vie et au sein de laquelle il n’est pas du tout seul.

Les tableaux propulsent ainsi le personnage — et par ricochet le lecteur — dans un univers étrange où tout prend des proportions gigantesques. Sentir une fleur, écouter les sons de la forêt, tremper un orteil dans le lac ont pour effet d’éveiller les sens du personnage dont le corps se métamorphose pour mieux savourer ce voyage.

Il prend part à une réelle incursion dans un monde parallèle accompagné de différents animaux et surtout d’une petite créature noire, une ombre informe aux yeux rouges qui se déplace dans les paysages, dans cette forêt aux mille tons de vert, invitant l’oeil à fouiller le décor pour la retrouver.

Cette traversée surnaturelle, portée à bout de bras par les peintures de Marsol, par son trait gras, ses lignes impures, est présentée dans un grand format qui témoigne et appui l’ampleur du moment vécu. L’atmosphère étrange qui émane des lieux, le parcours atypique du promeneur, la présence de bêtes mystérieuses participent ainsi avec finesse de ce tableau fantasmagorique qui rejoue avec singularité le thème de la nature.

Couronné du prix international de l’illustration 2017 à la Foire du livre jeunesse de Bologne, dans sa version espagnole, cet album donne finalement envie de se perdre en montagne.

La montagne

★★★★

Carmen Chica et Manuel Marsol, Les Fourmis rouges, Montreuil, 2018, 56 pages