«Le diable rebat les cartes»: flic un jour, flic toujours

Ian Rankin vit avec ses personnages depuis si longtemps qu’il les connaît encore plus qu’eux-mêmes.
Photo: Anthony Wallace Agence France-Presse Ian Rankin vit avec ses personnages depuis si longtemps qu’il les connaît encore plus qu’eux-mêmes.

Même à la retraite, même avec une ombre sur le poumon, John Rebus n’arrive pas à lâcher le morceau : flic un jour, flic toujours ! Heureusement d’ailleurs…

Dans une Édimbourg où le caïd Big Ger Cafferty semble avoir passé la main aux plus jeunes, Rebus n’arrive pas à oublier un meurtre commis quarante ans plus tôt. Lorsque le prétendant à la succession de Cafferty, Darryl Christie, se fait sérieusement tabasser, la vieille affaire remonte de façon tout à fait inattendue. Surtout quand le policier à la retraite qui avait enquêté à l’époque est assassiné.

À l’aide de ses complices habituels, Siobhan Clarke et Malcom Fox, Rebus parvient comme toujours à se faufiler au coeur de l’enquête malgré les interdits de la hiérarchie.

Ses deux anciens acolytes sont bientôt débordés par l’ampleur que prend soudain l’affaire puisque s’y greffent rapidement un enlèvement, une disparition et, à la clé, une colossale histoire de blanchiment d’argent.

L’intuition de Rebus ne le trompe pas : il y a un lien entre tout cela et la vieille histoire non résolue qui le préoccupe. Mais peut-être pas celui qu’il croit. En explorant toutes les pistes, en en rejetant la plupart, il entraînera son ancienne équipe dans une course contre la mort d’une dimension insoupçonnée.

Une course folle où, tiens, il ne serait pas étonnant — malgré ce que l’on pense au sommet de la hiérarchie policière — que Morris Gerald Cafferty, Big Ger lui-même, tire les fils dans l’ombre…

Ian Rankin vit avec ses personnages depuis si longtemps — Le Masque a publié plus de 20 aventures mettant Rebus en scène et il est traduit dans une vingtaine d’autres langues — qu’il les connaît encore plus qu’eux-mêmes.

Sa longue complicité avec Rebus et son double inversé, le mafieux Cafferty, donne lieu ici à des dialogues exceptionnels qui dépassent largement les limites de l’intrigue policière tout en définissant un type de tendresse insaisissable.

On peut d’ailleurs dire la même chose du regard qu’il jette sur la modernité et la société écossaise en général. Voilà ce qui arrive quand un auteur ne se contente pas de mener une intrigue du point A jusqu’au point B.

Bizarre quand même de suivre un Rebus qui ne boit plus et qui a cessé de fumer. Mais, même si son état de santé semble parfois précaire, il est ici dans une forme splendide ; sa perspicacité, son humour, son sens de la répartie séduisent encore plus que d’habitude…

De quoi vous donner l’envie de célébrer les vingt années de présence de l’inspecteur dans les bacs des libraires en plongeant dans The Beat Goes On — en français malgré le titre —, un recueil de nouvelles qui retrace les 40 années de carrière de Rebus à Édimbourg. Un délice pour insomniaques (600 pages !) et fans finis.

Extrait de « Le diable rebat les cartes »

« — Donc il prend la fuite avec tout cet argent en laissant Darryl en plan, continua Clarke à l’intention de Fox qui confirma d’un signe de tête. Et il y a un grand méchant Ukrainien qui débarque chez nous avec la ferme intention de se venger d’une façon ou d’une autre… Cafferty en boirait du petit-lait s’il était au courant.

— Oh, mais il est au courant, corrigea Rebus. Au moins en partie en tout cas. »

Le diable rebat les cartes

★★★

Ian Rankin, traduit de l’anglais par Freddy Michalski, Éditions du Masque, Paris 2018, 382 pages