«Quand la guerre est finie»: les stigmates de l’exil

«Quand la guerre est finie» raconte le retour en Pologne de Ilona, après sept années d’exil à fuir la Deuxième Guerre mondiale.
Photo: Archives Agence France-Presse «Quand la guerre est finie» raconte le retour en Pologne de Ilona, après sept années d’exil à fuir la Deuxième Guerre mondiale.

Octobre 1946. Après sept années d’exil à fuir la guerre, Ilona revient dans sa Pologne natale avec ses parents. Installée chez sa tante Sabina à Lodz, la jeune fille de 16 ans raconte cette nouvelle vie, deuxième chance qui s’offre à elle. Dans un récit autobiographique entrecoupé de souvenirs vécus par ses proches pendant l’occupation, elle se souvient de ce qu’a été son adolescence dans cet après-guerre.

Elle y rencontre la jeunesse communiste — notamment le regroupement ZWM dont elle fera partie —, développe quelques amitiés, organise ce qu’on appelait une prywatki, petite fête dansante, pendant laquelle elle est témoin de l’affrontement entre des groupuscules aux idées divergentes, vit quelques histoires d’amour sans importance, découvre le monde qui tente de se refaire au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale.

La narratrice explore des zones faites de sentiments contradictoires : cette fierté d’avoir survécu à la haine, mais la honte d’être juive et reconnue comme telle. Être rejeté, humilié en raison de ses origines ne peut que laisser des traces qui auront peine à disparaître.

Quand la guerre est finie est en quelque sorte la suite de Quand les grands jouaient à la guerre, roman paru en 2016 dans lequel l’auteure retraçait la difficile traversée de cette période sombre par une petite alors âgée de neuf ans. Si ce premier titre nous faisait vivre l’exil et la guerre de l’intérieur, le nouvel opus offre un regard plus détaché sur le vécu adolescent de Ilona.

Tout le senti qui faisait la force du premier roman est un peu plus aseptisé. L’auteure, plus détachée, se positionne davantage comme une observatrice du passé que comme personnage entier prenant part aux événements qui transforment sa vie. Écrit simplement, le récit nous permet tout de même de découvrir un pan peu raconté de cette période troublante.

Extrait de « Quand la guerre est finie »

« À cette époque, et pendant plusieurs années encore, je suis très embarrassée de mes origines juives, que la consonance de mon nom de famille m’empêche d’ignorer. Malgré mes cheveux et mes yeux foncés, ma physionomie n’est pas typiquement sémite, mais mon nom ne laisse aucune place au doute. Cette honte peut […] être perçue comme la preuve d’une faiblesse de caractère […] mais il m’est impossible de m’en défaire. Les Juifs n’ont pas à avoir honte, ce n’étaient pas eux les bourreaux pendant toutes ces années de guerre où on les a ostracisés et assassinés. Et pourtant, je ne peux m’empêcher d’être heureuse lorsque quelqu’un ne reconnaît pas mes origines. Cela n’a rien à voir avec la peur, mais je crois qu’il est peut-être difficile d’accepter son appartenance à un groupe longtemps persécuté. »

Quand la guerre est finie

★★★

Ilona Flutsztejn-Gruda, traduit du polonais par Joanna Gruda, Leméac, 2018, 184 pages