«Pavane»: un tangage avec virtuosité

Photographie tirée du livre «Pavane»
Photo: Éditions du Noroît Photographie tirée du livre «Pavane»

Exprimer la danse en mots, autant sa grâce que sa brutalité, restituer l’espace, les déséquilibres et le dialogue des corps en cherchant l’expression codée de leurs langages : voilà la démarche qui sous-tend Pavane, publication hybride entre le livre d’art, la critique de danse et la poésie.

Guylaine Massoutre, écrivaine, critique et ancienne collaboratrice du Devoir, réussit ce difficile tangage avec virtuosité, mais dans une forme si dense et parfois si abstraite qu’elle ne peut s’adresser qu’au public restreint des fervents de la danse contemporaine.

En quatre chapitres, Pavane restitue le regard à la fois macroscopique et microscopique de la spectatrice-narratrice, qui reçoit avec une poésie fiévreuse le corps et ses non-dits. C’est en cela un livre très personnel, basé sur des années de fréquentation des salles montréalaises et sur une réception chaque fois nouvelle des corps à l’oeuvre sur les planches.

« La scène a deux portes battantes sur le monde réel, écrit-elle. Artiste et spectateur viennent du dehors rencontrer leur fantôme au miroir. Un drame spéculaire a lieu. » Difficile de ne pas se sentir happé par le chapitre Duo danse-désir, qui suit avec finesse et passion tous les chemins pris par les corps d’un homme et d’une femme en pleins entrelacements.

À l’instar de la discipline qu’elle recense, l’écriture se plie à l’instant, retraçant une forme d’abandon, une « qualité de la présence ». Mais après tout ce voyage, on s’étonne de retrouver, en fin d’ouvrage, une sélection d’extraits de critiques parues dans les magazines Jeu et Spirale et dans Le Devoir entre 1992 et 2015, où l’auteure analysait le travail de chorégraphes comme Margie Gillis, Édouard Lock et Louise Lecavalier.

Soudain, l’effet de transe des textes précédents disparaît, peut-être du fait que les textes sont incomplets et manquent de facto de contexte. Voilà un atterrissage peut-être un peu sec pour un livre ailleurs si inspiré.

Pavane

★★★

Guylaine Massoutre, photographies de Ginelle Chagnon, Éditions du Noroît, Montréal, 2018, 84 pages