Qu’en dirait Shakespeare?

Le professeur de littérature anglaise à l’Université du Québec à Chicoutimi Mustapha Fahmi
Photo: Sophie Gagnon Bergeron Le professeur de littérature anglaise à l’Université du Québec à Chicoutimi Mustapha Fahmi

Dans une des scènes capitales du Roi Lear, le souverain se déshabille face à un miséreux. « Il est difficile, à mon avis, de trouver une meilleure illustration ou une meilleure définition de ce que la reconnaissance veut bien dire : la vraie reconnaissance est une mise à nu devant la souffrance des autres », observe le professeur de littérature anglaise à l’Université du Québec à Chicoutimi Mustapha Fahmi, entre les pages de son premier livre en français.

Face à une époque célébrant l’idée d’une littérature qui flatterait dans le sens du poil, le spécialiste estimé de l’oeuvre de Shakespeare prend fait et cause dans La leçon de Rosalinde pour une littérature qui éclairerait dans toutes ses contradictions la condition humaine. « La littérature nous permet de révéler ce que nous n’osons pas exprimer dans la vie de chaque jour », écrit-il dans ce recueil de brèves réflexions distillant goutte à goutte son époustouflant savoir avec l’élégance du sage qui, en compagnie de badauds, jaserait sur un banc de parc.

En défendant la valeur trop souvent méprisée du silence, ou en décrivant l’amour comme « un jeu que l’on doit jouer avec sincérité » et imagination, le poète et intellectuel rappelle que les grands textes de la littérature universelle ne peuvent révéler leurs enseignements si l’on refuse de les considérer à l’aune de la vraie de vraie vie.

« On s’éduque pour devenir de meilleures personnes et pour rendre notre société meilleure », plaide-t-il ailleurs, debout devant le bulldozer de l’utilitarisme. Les fragments portant sur l’enseignement de la littérature ainsi que sur le rôle de l’université témoignent d’une pensée refusant à tout prix le cynisme, même au risque de devoir porter le chapeau démodé de l’idéalisme.

Si « ceux qui deviennent de plus en plus complexes avec le temps se développent dans le mauvais sens », le professeur Fahmi, aphoriste sagace et espiègle, est de toute évidence engagé dans la bonne voie. La limpidité de l’énoncé est ici est un des plus beaux visages de la générosité.

« Si l’étudiant peut apprendre et s’épanouir seul, le professeur, lui, ne peut pas exister sans l’étudiant. C’est l’étudiant qui a un jour inventé le professeur. Et c’est dans la clarté des yeux attentifs de ses étudiants que le bon professeur se voit. »

La leçon de Rosalinde

★★★ 1/2

Mustapha Fahmi, La Peuplade, Chicoutimi, 2018, 160 pages