«Rut rural»: les hommes des cavernes

Paul Rousseau
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Paul Rousseau

Édouard, parfait stéréotype du bobo de la ville, vient tout juste de perdre sa femme. Jeff, éternel adolescent de la campagne des Cantons-de-l’Est, accro à la porno et à son téléphone intelligent, a, lui, perdu sa mère. Martin, un ancien matamore de la ligue semi-pro et des tavernes de la région, tente de racheter son passé. « Car ces hommes durs, amateurs de chars et de bon vin, malgré leurs gros défauts et leurs étranges manies, sont avant tout des coeurs tendres », annonce la quatrième de couverture de Rut rural, du vétéran Paul Rousseau. Tuez la une : il semble que les hommes auraient eux aussi des sentiments.

Cette démonstration, pour peu qu’on la juge encore nécessaire, n’agacerait pourtant pas autant si elle se heurtait moins rapidement aux nombreux clichés que relaie l’écrivain sur le sort que réservent à ces pauvres bougres des femmes — forcément castratrices, arnaqueuses ou rédemptrices — presque systématiquement d’abord décrites selon leur apparence physique.

Paul Rousseau ne semble d’ailleurs concevoir aucun malaise à ce que son narrateur observe, après que ses hommes des cavernes eurent scruté la vedette d’un bar de danseuses où ils mettent les pieds : « Il faut avouer que les autres filles étaient de catégorie nettement inférieure. » De. Catégorie. Nettement. Inférieure.

Vous regrettez que l’écosystème médiatique ne contienne pas assez d’opinions ? L’auteur de Haine-moi en a plusieurs en banque pour vous. Les radios de Québec ? Ce sont des radios nazies (juste ça !), fera-t-il dire à Édouard, pourtant la figure sage de cette fiction, où vous apprendrez aussi que la sodomie est une pratique « moins dommageable » chez les hommes que chez les femmes.

Drapé dans un (faux) féminisme paradoxalement paternaliste, Paul Rousseau, sexologue de salon, regrette que de « nos jours, bien des hommes usent du corps des femmes comme on se sert d’un coffre de menuisier, en exigeant d’essayer tous les outils au moins une fois ». Sa bienveillance de preux chevalier l’honore.

Extrait de « Rut rural »

« Édouard se rendit compte qu’il était tout habillé, souliers inclus. Il se rappela s’être retiré dans la chambre d’invités aux allures de corridor pour s’étendre un peu, après le souper. Son métabolisme avait sans doute mal saisi ses intentions, car il s’était profondément endormi. Il avait dû passer pour un parfait impoli aux yeux de la maisonnée. En plus, il devait avoir ronflé comme une locomotive. »

Rut rural

★ 1/2

Paul Rousseau, Québec Amérique, Montréal, 2018, 376 pages