«Trois fois dès l’aube»: des âmes perdues au bout de la nuit

Le huis clos est propice aux rapprochements, aux doutes, aux décisions radicales.
Photo: Futuropolis Le huis clos est propice aux rapprochements, aux doutes, aux décisions radicales.

« Dehors régnait cette obscurité qui précède l’aube, ni encore la nuit, ni déjà le matin… » L’instant est précis. Et c’est dans cette précision que le duo de bédéistes Aude Samama et Denis Lapière pose l’exactitude de leurs traits pour illustrer l’étrange roman d’Alessandro Baricco Trois fois dès l’aube. Magnifiquement.

On rappelle les faits. Deux personnages, un homme, une femme, se rencontrent trois fois dans trois chambres d’hôtel différentes. Il y a des détresses, des fêlures, parfois des soumissions, des drames et des secrets dont le poids va apparaître dans l’intensité croissante de la lumière. Le huis clos est propice aux rapprochements, aux doutes, aux décisions radicales.

Il y a quelque chose des toiles d’Edward Hopper qui traverse la proposition graphique de cette oeuvre singulière. Son Chop Suey, son Morning Sun, son Hotel by the Railroad… Lumineuse, chaque case fige ces rapprochements et les inscrit dans un temps qui semble suspendu, le tout dans une beauté forcément en décalage avec le caractère trouble qui définit ces somnambules en quête d’une pause dans l’agitation de leur quotidien.

La complicité du duo d’artistes, qui a donné corps à son Martin Eden (Futuropolis), récit autobiographique de Jack London soumis au même traitement en 2016, sert une nouvelle fois la poésie d’un texte révélé par la force du dessin. Sublime.

 

3 fois dès l’aube

★★★★

Aude Samama et Denis Lapière, d’après Alessandro Baricco, Futuropolis, Paris, 2018, 100 pages