«Ariane»: le comble de la vie adolescente

Myriam Leroy
Photo: Dorian Lohse Myriam Leroy

Dans un style efficace qui peut tout autant s’avérer captivant qu’étourdissant, la journaliste belge Myriam Leroy offre un premier roman oppressant et d’une crudité assumée sur la cruauté, les passions malsaines et l’intensité de l’adolescence.

Même si plusieurs se retrouveront dans l’exacerbation des drames, les doutes, les émotions contradictoires et la soif démesurée de reconnaissance qui forment la trame du roman, il s’avère parfois difficile de s’identifier aux motivations et aux excès dévastateurs des héroïnes d’Ariane, maîtresses d’un univers où les parcelles de lumière et d’espoir sont quasi absentes.

Ancré au coeur des années 1990, où les rock stars disparaissent à 27 ans et où les Backstreet Boys sont au sommet de leur art, Ariane commence comme tous les romans pour adolescents. La narratrice, une jeune fille au physique ingrat inscrite à une école bourgeoise par ses parents qui espèrent la voir gravir les échelons sociaux, ne voit aucune issue à son existence pathétique.

Ainsi, lorsque la superbe et énigmatique Ariane lui ouvre son coeur, elle sombre instantanément dans une obsession toxique. Les deux complices s’inventent un monde duquel tous les autres sont exclus, relégués au rang de victimes des jeux cruels. Lorsque l’amitié sombre inexorablement, la narratrice voit le sol se dérober sous ses pieds.

Cette dernière, jamais nommée, demeure un mystère jusqu’à la toute fin du récit. Dépeinte avec un certain détachement, cette sombre héroïne voit son rapport à la vérité et à la solidité de son état mental constamment remis en question par l’auteure, laissant beaucoup de place à la curiosité, mais peu à l’empathie.

Bien que le manque de nuances décontenance et soit par moments empreint de lourdeur, il permet à l’écrivaine d’assumer pleinement son propos et d’esquisser un portrait différent de l’adolescence, exploitant ses paradoxes et ses déceptions jusqu’à leur paroxysme.

Extrait de « Ariane »

« Nous nous étions aussi inventé un langage propre pour pouvoir communiquer au nez et à la barbe des élèves et des enseignants sans qu’ils puissent se joindre à notre conversation. C’était un alphabet en langue des signes absolument laborieux, mais l’important était moins de parler que de montrer aux autres que nous les excluions. Il s’agissait moins de discours que d’un discours sur le discours qui signifiait : “Dégagez !”

 

Seul subsistait le méta. Seule restait la forme. Le contact. Nous n’avions en réalité plus rien de très consistant à nous dire puisque tout ce que nous vivions, nous le vivions ensemble. »

Ariane

★★★

Myriam Leroy, Don Quichotte, Paris, 2018, 208 pages