«Les zombies de la Conquête»: des zombies sur les plaines d’Abraham

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Photo: DenisTangney Jr Getty Images Dans le Vieux Québec, Louis Laforce installe une aventure entre histoire et zombification.

Alors qu’Harry et sa nouvelle amie Juliette déambulent dans les rues du Vieux-Québec, ils croisent un homme étrange qui porte un « costume [de soldat] couvert de boue et de sang séché ». Sans le savoir, ils viennent de rencontrer un de ces nombreux revenants français de retour sur les champs de bataille pour venger la défaite des plaines d’Abraham. S’amorce alors une chasse au trésor dans la vieille ville pour retrouver la formule incantatoire — cachée depuis des générations — qui saura retourner ces zombies du côté de la mort. Projet pour le moins complexe qu’a légué Andrew à son fils juste avant de décéder.

L’aventure entreprise par les jeunes permet une visite guidée de la ville à travers ses bâtiments, ses statues, ses lieux et ses faits inusités riches en anecdotes. Mais la quête sert en réalité de prétexte pour raconter la querelle entre les Anglais et les Français et pour valoriser leur union. Quête qui traîne en longueur en raison de descriptions souvent futiles et d’analepses nous replongeant dans un passé fictif pour relater quelques cas de zombification.

Dans un style convenu, Louis Laforce prêche par excès de neutralité. Les personnages principaux sont respectivement issus d’une famille anglaise et française. Leur bilinguisme transparaît ainsi à travers leurs dialogues, qui sont ponctués d’expressions anglaises. La formule magique mettant fin à la querelle est par ailleurs scandée dans les deux langues. Et enfin, Harry, en jeune homme impartial, se distancie des chicanes entourant la langue, qui lui semblent, dit-il, d’un autre temps. Il se réclame plutôt citoyen du monde.

Si le roman laisse place à une visite guidée de la ville minutieusement décrite, la volonté d’éduquer et, pire, de porter un regard politiquement correct sur ces enjeux culturels et politiques que sont la langue et la culture a, tout compte fait, pour effet d’édulcorer les fondements de notre histoire.

Extrait de « Les zombies de la Conquête »

« Tu ne trouves pas étrange qu’à quelques jours d’intervalle, la police appréhende, presque au même endroit, trois lascars présentant tous la même agressivité morbide ? La jeune fille lève un sourcil d’étonnement. Tu parles du type qui nous a suivis ? […] Honestly, ne me dis pas que tu prêtes crédit à ces rumeurs à propos des vampires ?

 

— Et si la réalité dépassait la fiction ? Juliette éclate de rire […] Les gens aiment bien donner une origine mystérieuse à des phénomènes banals […]

 

— Tu as raison, admet Harry […] Mais ce qui nous est arrivé l’autre jour n’était pas le fruit de notre imagination […] Mon père menait une enquête approfondie sur… Harry suspend sa phrase, n’osant pas prononcer à voix haute le mot zombies. Choisissant avec soin chacun de ses mots, il enchaîne :

 

— … sur des individus comme celui qui nous a pourchassés… »

Les zombies de la Conquête

★★ 1/2

Louis Laforce, Pierre Tisseyre, Montréal, 2018, 280 pages