Rencontre entre auteurs et détenus à Trois-Rivières

Jeudi, c’est Biz, l’écrivain en résidence du Salon du livre, qui allait voir les détenus du Centre de détention de Trois-Rivières.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Jeudi, c’est Biz, l’écrivain en résidence du Salon du livre, qui allait voir les détenus du Centre de détention de Trois-Rivières.

Les détenus du Centre de détention de Trois-Rivières collaborent occasionnellement avec la publication trifluvienne La Galère, dans laquelle ils sont invités à publier des textes, souvent poétiques. Cette semaine, ils ont l’occasion de rencontrer de véritables écrivains.

Depuis quelques années, le Salon du livre de Trois-Rivières organise en effet des séries de conférences d’écrivains entre les murs du Centre de détention de Trois-Rivières. Jeudi, c’était au tour de Biz, l’écrivain en résidence du Salon, de rencontrer les détenus, venus le voir en majorité dans le cadre de leur formation en français de niveau secondaire. Vendredi, c’est Guillaume Morrissette qui sera reçu sur place. Morrissette signait en 2018 un septième roman, Deux coups de pied de trop, publié aux Éditions Guy Saint-Jean.

« À l’école, il y a trois classes, et à ces classes se sont ajoutés des détenus de sécurité minimum qui ont manifesté de l’intérêt pour l’événement », raconte Audrée Frappier, conseillère en milieu carcéral, qui a organisé l’événement cette année.

« Malgré un lexique élaboré, Biz arrivait avec des propos très simples », raconte-t-elle. Il a également donné un exemplaire dédicacé de chacun de ses livres, destinés à la population carcérale. Son dernier livre, La chaleur des mammifères, publié chez Leméac, raconte l’histoire d’un professeur désabusé qui retrouve l’espoir de changer les choses grâce au mouvement étudiant de 2012.

« Il leur a aussi dit que, pour être auteur, ils avaient l’outil le plus important, qui est le temps », poursuit-elle. « Il leur a dit : vous avez la matière première, qui est l’histoire. Il faut que ça parte de soi. »

Mme Frappier témoigne du fait que les détenus de l’établissement sont désoeuvrés la majorité du temps, les places en emploi et à l’école étant limitées. La bibliothèque de la prison est d’ailleurs passablement sollicitée, note-t-elle.

Les détenus y empruntent beaucoup de best-sellers et de romans policiers, dit-elle. Ils sont notamment friands des romans du Québécois Patrick Senécal, qui ne pouvait pas être parmi eux cette année. L’initiative du Salon du livre de Trois-Rivières propose entre autres de les familiariser souvent avec un autre type de littérature, ou avec des auteurs qu’ils ne connaissaient pas jusque-là.

La collaboration avec le journal La Galère leur permet quant à elle d’explorer l’écriture.

« Dévaster par l’orage électrique / Remarque lors de passage excentrique / C’est l’effet recherché par Stanley Kubrick / Ils sont du mortier pour les briques », écrit, dans un texte intitulé L’échange de franchise, Christophe L. Béliveau, à partir de la prison de Trois-Rivières.

Le Salon du livre de Trois-Rivières se poursuit jusqu’au 25 mars. C’est l’écrivain français Alexandre Jardin qui en est le président d’honneur. Il rencontrait jeudi les bénévoles du programme Lire et faire lire. Biz y participait aussi hier à une table ronde dont le thème était « Notre attachement à la langue française », avec Anne-Marie Beaudoin-Bégin et Marie-Claude L’Heureux.