«Le revers»: Roxane Desjardins, du renoncement de soi à la révolte

Roxane Desjardins
Photo: Annie Goulet Roxane Desjardins

Il serait sans doute plus facile de se taire, de choisir le confort des discours rassurants, voire du silence. Ce serait mal connaître la poète Roxane Desjardins, qui continue d’« enfiler la sévérité des affranchies » entre les pages de ce troisième livre, habitée qu’elle est par la volcanique conviction que renoncer à soi sur l’autel de l’amour est une violence à combattre.


Le renoncement de soi — elle n’en peut plus — est la posture à laquelle tous les récits confinent par défaut les femmes, sans leur demander leur avis.

L’intime ne pourrait être davantage politique que dans ces poèmes aussi précis qu’une menace murmurée entre les dents serrées. Avec une absence de lyrisme digne d’un rapport de police rédigé par une enquêtrice particulièrement assoiffée de justice, l’auteure de Ciseaux (prix Émile-Nelligan, 2014) et du récit Moi qui marche à tâtons dans ma jeunesse noire n’épargne aucun des participants de cette « chorégraphie » qu’est l’amour (bien que sans commettre l’erreur de ramener au même plan puissants et soumis).

Peu importe le prix à payer, il faudra mettre fin à toutes les docilités. Le féminisme porte ici le galvanisant espoir d’un séisme d’envergure, minant tous les pouvoirs, pas que celui de l’homme dans l’alcôve de la cellule amoureuse (dont il est plus immédiatement question).

« [J]’aurais écrasé les consignes / (ces larmes répandues à la hâte) / reviré les tables / léché mes soeurs / changé les draps / et tout semblerait parfait / enveloppé de métaphores douces / êtes-vous contents garçons lourds / êtes-vous prêtes à vous taire ? » demande en fin de course une Roxane Desjardins fatiguée.

Bien que l’emploi du conditionnel semble indiquer un sérieux doute et qu’une récente revue de presse permette de croire que « non » demeure encore la réponse à cette question, rien n’interdit d’un instant croire aux riches brasiers qu’allume parfois la poésie.

Le revers

★★★★

Roxane Desjardins, Les Herbes rouges, Montréal, 2018, 96 pages