«Détenues»: Bettina Rheims et le visage de la condition carcérale

Dos au même mur blanc, assises sur le même tabouret, ces femmes semblent poursuivre les révélations de la photo de prisonnier née à la fin du XIXe siècle.
Photo: Gallimard Dos au même mur blanc, assises sur le même tabouret, ces femmes semblent poursuivre les révélations de la photo de prisonnier née à la fin du XIXe siècle.

« Ce n’est pas en prison qu’il faut espérer trouver les femmes en fleurs. » Dans son avant-propos, Robert Badinter, homme politique à l’origine de l’abolition de la peine de mort en France, a trouvé la formule exacte pour éclairer cette lumière disparue des visages se dévoilant page après page dans ce singulier recueil de photos.

Singulier pour le moins. C’est qu’entre octobre et novembre 2014, la photographe Bettina Rheims est allée à la rencontre de femmes incarcérées dans des prisons de Rennes, de Poitiers, de Lyon ou de Roanne pour mettre en cadre l’image de ces vies à la liberté brimée par le crime et l’adversité. Au total, 68 rencontres, avec Sylvia, Lu (photo ci-dessus), Thérèse, Lili, Julie, Stéphanie… dont la raideur d’une posture, la noirceur du regard, la tristesse d’un regard témoignent d’un passé, d’une histoire, d’un drame que le bouquin tient volontairement dans le mystère.

Dos au même mur blanc, assises sur le même tabouret, ces femmes semblent poursuivre les révélations de la photo de prisonnier, celle née à la fin du XIXe siècle sous l’objectif d’Alphonse Bertillon. Mais elles font aussi beaucoup plus, et c’est là le génie de cette proposition artistique qui redonne à chacune d’elles, le temps d’une photo, une individualité que les portes du pénitencier n’ont visiblement pas réussi à emporter.

Détenues

★★★ 1/2

Bettina Rheims, Gallimard, Paris, 2018, 172 pages