«Discours de réception du prix Nobel»: la littérature à l’impératif

Jean Barbe en 2009
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Jean Barbe en 2009

Auteur de quatre romans (les plus connus étant Comment devenir un monstre et Comment devenir un ange, Leméac, 2004 et 2005), Jean Barbe ne dispose ni d’une oeuvre considérable ni d’une carrière internationale.

Mais qu’à cela ne tienne, l’écrivain de 55 ans réalise un vieux fantasme et imagine sans ironie qu’on lui remet un « étrange cadeau », nous livrant avec une surprise feinte son Discours de réception du prix Nobel. Un discours dans lequel il enfonce avec enthousiasme quelques portes ouvertes, fustigeant surtout le « triomphe absolu du discours marchand ».

« L’art et la littérature ne sont pas compatibles avec les études de marché, qui scrutent les goûts des consommateurs pour leur offrir ce qu’ils savent déjà aimer. » Un angle qui lui permet d’écorcher au passage l’industrie de la littérature dite jeunesse. « Les enfants gâtés par leurs parents et inondés de livres jeunesse à Noël ne deviennent pas des lecteurs, on ne leur apprend pas à lire, on ne les expose pas à la complexité, et quand ils ont l’âge de passer à la littérature, ils abandonnent les livres pour les jeux vidéo… »

Parcours personnel et profession de foi envers la littérature (« Le roman a sauvé ma vie »), hommage à son père, lecteur tardif, plaidoyer en faveur du « roman social » (qui a la tâche, dit-il, de « raconter les gens aux gens »), pour l’auteur, malgré un pessimisme de fond, la littérature semble se conjuguer à l’impératif : « Il faut écrire pour désobéir aux impératifs économiques, pour lutter contre le vent. »

Mais Jean Barbe, s’il se fait rare, a un nom et des moyens intellectuels. Avait-il besoin de cet artifice qui, entre l’essai et le « roman », le fait tanguer à la frontière de la prétention et du ridicule ? Et en quoi, se demande-t-on, peut lui importer l’opinion littéraire d’une poignée debaby-boomers scandinaves qui ont choisi, un jour, de se payer Bob Dylan ?

À lire avec un grain de sel, peut-être, en attendant que l’auteur mette en application ses préceptes littéraires.

 

Extrait de « Discours de réception du prix Nobel »

« Je ne peux m’empêcher de trouver grande la coïncidence entre la montée de l’extrême droite, du fascisme et du nazisme dans l’Europe du début du vingtième siècle et l’absence grandissante du récit et du figuratif dans les arts de l’époque, tous genres confondus. Du Carré blanc sur fond blanc de Malévitch au Ceci n’est pas une pipe, de Magritte, du dodécaphonisme de Shönberg au dadaïsme de Tzara, du Finnegan’s Wake de Joyce à La promenade au phare de Virginia Woolf… »

Discours de réception du prix Nobel

★★★

Jean Barbe, Leméac, Montréal, 2018, 64 pages