«La vie d’artiste»: Catherine Ocelot face à l’angoisse de l’artiste

Désopilant, le récit l’est un peu, avec ses personnages sans visage à l’allure de volatiles marchant, comme pour évoquer la difficulté à réellement prendre son envol.
Illustration: Mécanique Générale Désopilant, le récit l’est un peu, avec ses personnages sans visage à l’allure de volatiles marchant, comme pour évoquer la difficulté à réellement prendre son envol.

Qui en doute encore ? L’artiste est un animal angoissé, une bête torturée. C’est pour ça qu’il doute, qu’il se questionne sur ce qui l’entoure, sur la marche du monde, sur les dérives du présent, mais aussi, de plus en plus, sur lui-même, sur sa place dans le monde, face aux autres, et particulièrement face aux forces obscures qui aimeraient bien que l’artiste et son pouvoir de création aillent se faire voir ailleurs.

Fronde ? Acte de résistance ? Ou mise en scène du « moi » dans cet esprit très contemporain du dévoilement de soi ? Les questionnements de la bédéiste Catherine Ocelot sur la vie d’artiste et sur cette singulière condition sont sans doute tout ça à la fois. Mais ils expriment aussi un humour délicat posé sur des existences condamnées à la souffrance par l’excès de lucidité et un peu trop d’introspection. Sans doute.

Désopilant, le récit l’est un peu, avec ses personnages sans visage à l’allure de volatiles marchant, comme pour évoquer la difficulté à réellement prendre son envol. Tous dévoilent leurs contractions, leurs frustrations, leurs naïvetés, leurs ambitions autant que les combats intérieurs et extérieurs qui les animent. « Quelle que soit la forme d’art, on mène toujours des luttes… Des luttes militantes, à caractère politique, des luttes avec soi-même, avec ses propres doutes, avec les intermédiaires entre nous et le public, les critiques, les journalistes, les médias », dit Micheline, une des artistes rencontrées par Catherine Ocelot pour nourrir cette réflexion sur elle-même et les siens.

Illustration: Mécanique Générale Catherine Ocelot fait se rencontrer l’absurde d’un dessin avec l’absurde d’une situation pour en extraire souvent de la densité.

Il s’agit de Micheline Lanctôt, pour être précis, réalisatrice qui, avec Rafaël Ouellet, Natacha Clitandre, Julie Delporte, Marcel Jean, Emmanuelle Caron et Daphné B., s’est prêtée au jeu de la confidence à des fins créatives. Ces contributions à la discussion pilotée par la bédéiste donnent corps à un récit illustré dont l’élégance du trait est toutefois troublée par quelques longueurs et des zones réflexives porteuses d’une trivialité peu émouvante.

Auteure de Nenette cherche un sens (2006) et de Talk show (2016), Catherine Ocelot semble poursuivre ici une thérapie par la création, en alliant subtilement, comme dans ces précédentes oeuvres, l’absurde d’un dessin avec l’absurde d’un propos ou de situations qui finissent toujours par dévoiler une certaine densité.

L’influence des autres sur soi, l’obligation de se conformer ou pas, l’apprivoisement de la différence sont au coeur de son oeuvre. Une oeuvre qui prend du volume avec ce voyage organisé dans la vie d’autres artistes, à l’allure forcément étrange, puisqu’il met en abyme une artiste franchement torturée qui se révèle une fois de plus, tout en surlignant cette fois que c’est bel et bien ce qu’elle cherche à faire, au contact de tous les autres.

La vie d’artiste

★★★

Catherine Ocelot, Mécanique générale, Montréal, 2018, 208 pages