«Le conservatisme à l’ère Trump»: la pensée paranormale de Donald Trump

Le livre a beau rassembler neuf politologues sérieux, il n’est pas exempt de l’humour sans lequel il reste impossible de dépeindre l’ère Trump.
Photo: Mandel Ngan Agence France-Presse Le livre a beau rassembler neuf politologues sérieux, il n’est pas exempt de l’humour sans lequel il reste impossible de dépeindre l’ère Trump.

« Je suis un nationaliste et un mondialiste », proclame l’imprévisible Donald Trump en ne craignant pas la contradiction, du moins apparente, après avoir renoncé, en tout cas à cet instant, à retirer les États-Unis de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Voilà pourquoi l’ouvrage collectif Le conservatisme à l’ère Trump évoque le « système de pensée paranormal » du président américain qui défend un conservatisme pour le bien des pauvres !

Préfacé par Frédérick Gagnon et publié sous la direction de Rafael Jacob et Julien Tourreille, le livre a beau rassembler neuf politologues sérieux dont la plupart appartiennent à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM, il n’est pas exempt de la pointe d’humour sans laquelle il reste scientifiquement impossible de dépeindre l’ère Trump. Gagnon n’a pas le choix d’écrire, le sourire en coin, que l’actuel président rivalise, dans son souci des défavorisés, avec le socialiste Bernie Sanders…

Son collègue Jacob montre, sans nier qu’il s’agisse d’un miroir aux alouettes, que Trump cherche à abroger une mesure sociale, la Loi sur la protection des patients et les soins abordables, dite l’« Obamacare », non pas tant « par opposition philosophique au rôle accru donné à l’État fédéral dans le système de santé, mais parce que la loi avait abouti à des primes d’assurance trop élevées pour les gens ordinaires ». Ce « populisme nationaliste », comme l’appelle le politologue, cache mal une navrante démagogie.

Jacob établit d’ailleurs, s’appuyant sur les sondages, que le président bouleverse les habitudes électorales des Américains. Ainsi, Trump le populiste n’attire pas nécessairement les électeurs les plus conservateurs ni les électeurs les plus riches.

Il ne séduit guère les plus scolarisés. Dans son désir de redonner au commun des travailleurs la mythique Amérique prospère de jadis, il a été jusqu’à soutenir en 2017, au grand désarroi de l’establishment de sa formation, qu’il voulait faire du Parti républicain un « Parti travailliste » !

Comme le signalent Karine Prémont et Tristan Rivard, ce populisme atypique correspond au virage conservateur des médias américains qui élargissent beaucoup leur audience en optant, surtout grâce à Internet et aux réseaux sociaux, pour la simplification à la portée de tous. Aux médias libéraux, du New York Times à CNN, les médias populistes de droite, de Fox News à Breitbart, sont en train de damer le pion.

Cette sinistre perspective que seule, dans un proche avenir, la diversification ethnique accrue de la société états-unienne semble compromettre, est lucidement entrevue par Philippe Fournier.

Il écrit : « Le nativisme et le protectionnisme de Donald Trump s’apparentent grandement aux discours des partis d’extrême droite en Europe. » Ça donne froid dans le dos, mais c’est une crainte salutaire.

 

Extrait de « Le conservatisme à l’ère Trump »

« Voici un président peu préoccupé par les enjeux moraux comme l’avortement et le mariage gai, mais qui bénéficie tout de même d’un vigoureux appui de la part des électeurs évangéliques lors de l’élection présidentielle de 2016. Et que dire du fait que Trump semble flirter avec l’extrême droite en refusant de dénoncer catégoriquement les actions violentes commises par des membres de groupes haineux comme le Ku Klux Klan à Charlottesville, en Virginie, au mois d’août 2017 ? »

Le conservatisme à l’ère Trump

★★★ 1/2

Collectif sous la direction de Rafael Jacob et Julien Tourreille, PUQ, Québec, 2018, 134 pages