«Poudreries», une intrigue qui sent la bordée de neige

L'écrivaine Éloïse Simoncelli-Bourque
Photo: Lucie Larin-Picard L'écrivaine Éloïse Simoncelli-Bourque

Ce ne sont pas les intrigues qui manquent dans ce roman qui sent la bordée de neige permanente. D’une part, des carcasses de chevreuils éviscérés sont trouvées dans le parc du mont Saint-Hilaire où l’on vient d’assassiner le docteur Jean-Louis Grandbois, un neuropsychiatre et chercheur de l’Université de Montréal. De l’autre, une jeune ado, fille de policier et d’universitaire, fugue pour se perdre dans l’héroïne pendant qu’une journaliste indépendante enquête sur l’industrie pharmaceutique.

On peut aussi ajouter à cela un meurtre impuni commis au XIXe siècle et dont on trouve le compte rendu dans le journal personnel du coupable, un bibliothécaire de BAnQ en crise, un schizophrène qui entend des voix et bien d’autres choses encore. Même si cela tient de l’exploit, Éloïse Simoncelli-Bourque réussit à relier tout cela en un tout cohérent, ou presque.

L’édifice est labyrinthique, mais le lecteur doit investir beaucoup de patience pour ne pas se perdre en de multiples occasions. Le récit croule en effet souvent sous les digressions et les explications de toutes sortes à propos de tout et de rien : le système capitaliste destructeur, le génocide arménien, l’industrie de guerre sous les nazis et la vie dans les camps sous Mengele, la Révolution tranquille, etc.

Difficile de comprendre l’utilité de ce parti pris didactique qui ne fait qu’alourdir un récit déjà suffisamment complexe. Mais bon : à la fin, la boucle se boucle, les coupables sont punis et la vie reprend son cours en laissant traîner çà et là quelques pauvres victimes, parfois innocentes.

Les nombreux apartés d’Éloïse Simoncelli-Bourque éclairent trop rarement son récit, mais son écriture est souvent fort élégante. On se surprend à rêver de ce que, une fois libéré du carcan de devoir tout faire comprendre, son prochain livre pourrait donner. Qui sait, elle pourrait nous raconter une histoire… sans nous l’expliquer en même temps.


Extrait de « Poudreries »

« Comment ces recherches ont-elles été subventionnées ?

- Il s’agit d’un donateur anonyme.


- Anonyme ?


- Eh bien oui, dans notre société, on peut choisir de faire anonymement oeuvre philanthropique, lança Lacaille d’un ton cassant.

- Il nous faudra le nom de ce bienfaiteur.


- Notre entente m’empêche de divulguer ce nom.


- Nous vous y obligerons, lui répondit Lemay, de plus en plus impatient. Est-ce que le docteur Grandbois était au courant ?

- Le docteur Grandbois s’intéressait à l’objet de ses recherches et non au financement de celles-ci.

- Ainsi l’argent entrait doublement… pour prouver l’innocuité de la molécule de Novalis tout autant que pour trouver un traitement alternatif, conclut Naoufal. »

★★ 1/2

Éloïse Simoncelli-Bourque, Fidès, Montréal, 2018, 269 pages

Poudreries

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Éloïse Simoncelli-Bourque, Fidès, Montréal, 2018, 269 pages

Poudreries

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