«La Revenue», une cruelle histoire de restitution

Donatella Di Pietrantonio habite l’Italie, où elle est dentiste pour enfants.
Photo: Éditions du Seuil Donatella Di Pietrantonio habite l’Italie, où elle est dentiste pour enfants.

À 13 ans, au cours de l’été 1975, une adolescente est contrainte de quitter sa famille pour aller vivre chez des gens qu’elle n’avait jamais rencontrés : sa famille biologique.

Dans ce village où chacun se connaît et s’épie, elle va vite découvrir qu’on lui avait trouvé un surnom. « J’étais la Revenue. » Celle qui doit partager une petite chambre dans un appartement de banlieue pauvre avec deux frères plus âgés, se séparer un lit avec sa jeune soeur de dix ans, Adriana, qui pisse encore au lit et mouille leur matelas.

L’adolescente se retrouve entre un père silencieux, le plus souvent absent, et une mère sèche qui répugne aux caresses et aux compliments, à qui il lui est impossible de dire « maman ». Le reste lui crève les yeux : la pauvreté de sa « famille obligée », la faim au quotidien, l’inculture, leur dialecte si éloigné de l’italien qu’elle a appris. Tout dont elle se vengera en devenant très vite la meilleure élève de son école de pauvres.

Pour l’adolescente déracinée, le choc est immense. Entre la stupeur et le dégoût, les raisons de ce retour aux sources inattendu lui échappent, si loin du bord de mer où elle avait grandi. « Mais quelle faute pouvais-je avoir commise ? »

On finira par découvrir que sa mère biologique avait cédé son bébé de six mois à une cousine qui ne pouvait pas avoir d’enfants. Elle et son mari policier avaient élevé cette fille comme si elle était la leur. Jusqu’à ce que quelque chose survienne et qu’ils doivent la rendre à sa famille d’origine. Voilà tout.

Malgré le fait que sa mère de la ville lui envoie à l’occasion un peu d’argent et qu’elle semble se soucier à distance de son confort et de sa réussite scolaire, rien n’y fait. C’est parce que sa mère est malade, croit-elle, tout cela est temporaire, quelqu’un va revenir la chercher. Mais on ne lui dit rien et il lui faut tant bien que mal se raccrocher à cette nouvelle vie.

Au milieu de cette noirceur, la jeune soeur de la narratrice, Adriana, brille comme un petit soleil, pleine de force et d’animalité. « Une sorte de fleur improbable qui avait poussé sur un petit amas de terre accroché au rocher. C’est elle qui m’a appris la résistance. À présent, nous nous ressemblons moins physiquement, mais le fait d’être jetées dans le monde a pour nous deux la même signification. La complicité a été notre salut. »

Au bout du compte, la vérité finira par éclater. Laide à faire peur. L’inverse parfait, en somme, de ce roman d’apprentissage gorgé de violence silencieuse et de cruauté.

Née en 1963 dans un village des Abruzzes, Donatella Di Pietrantonio habite toujours cette région du centre de l’Italie bordée par la mer Adriatique, où elle est dentiste pour enfants. La Revenue, son troisième roman, a été récompensé du prestigieux prix Campiello en 2017.

Une histoire à la beauté âpre, qui nous maintient sur la corde raide.

Extrait de «La Revenue»

« Je n’ai pas prononcé son nom pendant des années. Tout ce temps-là le mot maman est resté tapi au fond de ma gorge, comme une couleuvre qui refuse de sortir. Quand je devais m’adresser à elle d’urgence, je m’efforçais d’attirer son attention comme je le pouvais. Si j’avais le bébé dans les bras, par exemple, je lui pinçais les jambes pour lui tirer des larmes. Alors elle tournait la tête vers nous, et je lui parlais. »

 

La Revenue

★★★★

Donatella Di Pietrantonio, traduit de l’italien par Nathalie Bauer, Seuil, Paris, 2018, 238 pages