Linda Amyot sonde le coeur d’un fils mis devant l’homosexualité de son père

Linda Amyot, dans un sens calculé du récit, fouille avec justesse la profondeur des sentiments.
Photo: Fournie par Linda Amyot Linda Amyot, dans un sens calculé du récit, fouille avec justesse la profondeur des sentiments.

« J’ai serré les dents, retenant un “calisssss” que j’ai étiré dans ma tête […] exaspéré contre maman qui n’avait pu s’empêcher de ramener le sujet. Mais surtout en maudit contre moi. Car maman ne méritait pas que je l’accuse et l’insulte. Ma seule vraie colère, c’est envers mon père que je la ressentais. Mais c’est à lui que je ne l’avais jamais exprimée. »

Il était personnage secondaire dans Le jardin d’Amsterdam — roman qui a valu à Linda Amyot le Prix du Gouverneur général en 2014 : Adrien Morel devient le narrateur du Garçon aux chiens, tout nouvel opus de l’auteure qui parvient, encore une fois, à exprimer avec délicatesse la complexité des relations humaines.

Adrien est enragé depuis que son père a fait l’annonce de son homosexualité. Quatre années de déni et surtout du mutisme face à celui qui les a « trahis », dira-t-il.

Si le thème de la relation père-fils est vieux comme le monde, que celui des coming out est sur toutes les tribunes, Linda Amyot, dans un sens calculé du récit, fouille avec justesse la profondeur des sentiments.

Le lourd silence qui emmure les personnages se fendille doucement, à coups d’allusions sur la nouvelle vie du père, jusqu’à la déferlante, la révélation — située en plein coeur du roman — qui nous propulse quatre ans en arrière.

Cette période a été difficile pour l’adolescent. Il a dû faire face, dans sa vie personnelle, à l’intimidation et au rejet. Il avait enfoui ces événements profondément pour ne plus avoir à y faire face.

À travers ce récit intimiste, l’auteure de La fille d’en face brode avec une grande sensibilité ce qui est avant tout une histoire d’amour. Celle d’une famille écorchée, mais portée par un sincère et profond souci de l’autre.


Extrait de « Le garçon aux chiens »

« Ça avait bien commencé, pourtant. Tout le monde y mettait du sien. Dans la voiture, en direction de Québec, le lundi matin, ma mère chantonnait. Elle était contente, relax. Même quand c’était moi qui conduisais. Elle avait seulement tenu à reprendre le volant un peu avant Québec. Elle connaissait la ville comme sa poche. C’est là qu’elle avait fait ses études, à l’Université Laval. »

Le garçon aux chiens

★★★★

Linda Amyot, Leméac, Montréal, 2018, 120 pages