Maxime Olivier Moutier, sans filtre

L’auteur revient autant sur l’origine de ses livres que sur sa jeunesse, et parle de souffrance, d’éthique ou de féminisme.
Photo: Annik Mh De Carufel Le Devoir L’auteur revient autant sur l’origine de ses livres que sur sa jeunesse, et parle de souffrance, d’éthique ou de féminisme.

Toute idée ne vaut pas qu’on en fasse un livre, même s’il s’agit de mener des dialogues inédits et profonds avec Maxime Olivier Moutier. Il y a de quoi rester pantois devant le ratage général de L’inextinguible, une recension de 15 entretiens menés par Paula Singer avec l’écrivain et psychanalyste québécois. Si ce livre nourrira certes des débats, pour ne pas dire une curiosité malsaine, il ne fera pas l’histoire.

Ceci n’est donc pas un livre de Maxime Olivier Moutier, comme le présente l’éditeur, mais ses réponses à des questions sur sa vie et sur divers sujets recueillies lors d’entretiens échelonnés sur plusieurs mois avec Paula Singer, une diplômée de HEC. L’écrivain revient sur l’origine de ses livres, sur sa jeunesse, sur le caractère de ses parents, sur son parcours en psychanalyse, mais parle aussi de souffrance, d’éthique, d’amour, de médias, de féminisme. C’est Maxime Olivier Moutier, sans filtre. Un grand brassage intime et disert qui, même si le ton reste amical, n’est pas sans causer des moments tendus entre les protagonistes. Avec insultes, notamment.

Si les propos de Maxime Olivier Moutier sont révoltants et souvent discutables, son anticonformisme soulève des questions légitimes. Là n’est pas le problème de L’inextinguible. Le problème, c’est la démarche et son résultat, le livre. Paula Singer a eu l’idée de ce projet d’entretiens alors qu’elle traversait un passage à vide — en parlant à Moutier, dont elle avait lu et aimait l’oeuvre, elle a cru pouvoir donner un sens à sa vie. La jeune femme a ainsi glissé dans un beau piège : celui de la fascination pour un personnage à la rhétorique très habile.

Sous la forme de conversations retranscrites mot pour mot, par ailleurs alourdies de détails inutiles, L’inextinguible expose donc l’étendue du déséquilibre gênant dans lequel il a pris forme. Paula Singer et son amie Sophie Galarneau, qui enregistrait les entretiens, ne répliquent souvent qu’avec mollesse aux affirmations de Moutier alors qu’il aurait fallu confronter ses propos avec des faits, à tout le moins relancer le sujet avec plus de verve. L’écrivain a donc toujours le dessus. Un tel manque de rigueur dérange autant que de lire Maxime Olivier Moutier défendre le révisionnisme.

Au fil des entretiens, dans ses notes d’après-rencontre au style fade qu’elle utilise comme un journal de bord, Paula Singer se dit secouée par les discussions, mais le charme du psychanalyste fait son oeuvre. Deux semaines plus tard, elle avoue en être amoureuse. Puis, en conclusion, coup de théâtre : elle raconte l’avoir finalement séduit et avoir eu des relations sexuelles avec lui au terme du processus, dans une sorte d’idylle aujourd’hui terminée. Inutile de dire comme le malaise est entier. C’est si déplacé et inattendu qu’on se demande s’il ne s’agit pas de fiction.

Toute crédibilité s’écroule alors d’un coup, reléguant L’inextinguible au rang de comédie tristement insignifiante. De toute évidence, la publication de ce discours égocentrique sert une thérapie personnelle en même temps que l’ego d’un écrivain apparemment en manque de polémique. Si ceux que fascinent les livres et la pensée de Maxime Olivier Moutier y trouveront peut-être de quoi réfléchir, ceux qui s’attendent à un minimum de sérieux passeront leur tour.

L’inextinguible

Maxime Olivier Moutier, Entretiens  avec Paula Singer, Hamac, Montréal, 2018, 352 pages