Une nouvelle édition des «Misérables» révèle des secrets

Victor Hugo, photographié ici par Nadar en 1880, hésita longtemps sur le titre de son roman-fleuve. 
Photo: Agence France-Presse Victor Hugo, photographié ici par Nadar en 1880, hésita longtemps sur le titre de son roman-fleuve. 

Y a-t-il du nouveau à apprendre sur Les Misérables, ce monument de la littérature française parmi les plus connus au monde ? La nouvelle édition du chef-d’oeuvre de Victor Hugo, qui sera publiée dans une semaine par la Pléiade, prouve que oui.

Dirigé par Henri Scepi, un des spécialistes de la littérature française du XIXe siècle, ce nouveau volume de la prestigieuse collection de Gallimard fourmille de révélations.

Ainsi apprend-on que Victor Hugo hésita longtemps sur le titre même de son roman-fleuve. Au départ, il songe à l’appeler Les Misères ou bien Jean Tréjean, du nom de son héros.

À mesure que l’histoire progresse, Jean Tréjean change d’identité. Il devient Jean Vlajean avant de prendre enfin, en mars 1861, le nom de Jean Valjean, l’ancien forçat qui deviendra un saint laïc. Marius, l’amoureux de Cosette, autre personnage central du roman, devait s’appeler Thomas, révèle encore Henri Scepi.

Lorsque Victor Hugo commence la rédaction des Misérables, en 1845, il est membre de l’Académie française et pair de France (nommé par le roi Louis-Philippe). Les événements de 1848 (insurrection de février, puis journées de Juin) l’obligent à abandonner son travail d’écriture. Élu député en juin 1848, réélu en mai 1849 dans les rangs conservateurs, il s’éloigne peu à peu de son camp jusqu’à dénoncer, le 2 décembre 1851, le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte.

Un écrivain en exil

Pourchassé par la police, il se voit contraint à l’exil. Le pair de France est devenu un proscrit.

Hugo trouve refuge à Bruxelles puis à Jersey avant de s’installer à Guernesey. Les brouillons des Misérables dorment dans leurs cartons. Non pas que l’écrivain ait renoncé à écrire. Au contraire. De son exil, il écrit Les châtiments, puis Contemplations avant de rédiger La légende des siècles.

Amnistié mais toujours en exil, il reprendra l’écriture des Misérables en avril 1860, quinze ans après l’avoir commencée. Le livre, « un des principaux sommets, sinon le principal de mon oeuvre », écrit Hugo, est finalement publié à Bruxelles par un éditeur belge en mars 1862. L’écrivain a alors 60 ans.

Le texte publié par la Pléiade se fonde sur cette édition originale publiée de mars à juin 1862.

Outre le texte impressionnant d’Hugo, le volume de 1824 pages est enrichi d’un « Atelier des Misérables » où ont été rassemblés les préfaces et projets de préfaces rédigés par Hugo, mais aussi différentes ébauches qui permettent d’apprécier l’évolution de l’oeuvre au fil de sa longue rédaction.