«Pactum salis», ou deux hommes unis par leur penchant pour la bouteille

L’auteur nous revient deux ans après son livre «En attendant Bojangles».
Photo: Alain Jocard Agence France-Presse L’auteur nous revient deux ans après son livre «En attendant Bojangles».

Les attentes étaient élevées pour le deuxième roman d’Oliver Bourdeaut après le succès éclatant de son En attendant Bojangles, écoulé à plus de 500 000 exemplaires, lauréat de multiples prix littéraires, adapté au théâtre, en bande dessinée et bientôt sur les écrans.

Bien que Pactum salis soit de facture plus classique, les amoureux de l’oeuvre reconnaîtront avec joie les personnages flamboyants et les rebondissements déconcertants chers à l’auteur.

Le récit s’ouvre sur la découverte d’un cadavre, échoué dans le décor pittoresque des marais salants de Guérande, aux pays de la Loire. Dans une atmosphère de polar, Bourdeaut, en véritable virtuose du quiproquo, ne cesse de changer de direction, entraînant le lecteur dans les situations les plus inattendues.

Jean, Parisien, a quitté son appartement, la technologie et l’humanité entière pour se dévouer entièrement à la culture du sel. Michel, promoteur immobilier, s’accorde des vacances à La Baule pour savourer son succès à grand coup de champagne et d’excès.

On peine par moments à s’attacher à ces personnages à la limite du grossier, ces mâles alpha dont l’ego démesuré n’a d’égal que leur obstination à vivre selon des modèles de société, l’un, la réclusion, l’autre, l’abondance, dans lesquels ils se sentent uniques et accomplis, mais qui ne parviennent qu’à les couvrir de ridicule.

Ces deux hommes que rien n’unit, sauf peut-être leur penchant affirmé pour la bouteille, partageront leur quotidien durant une semaine mouvementée. Leur fascination réciproque donnera naissance à une amitié vacillante, sans cesse ébranlée par la culpabilité, la jalousie, les erreurs répétées, les cuites regrettables et les envies de meurtre — une relation en pleine contradiction avec le titre du livre, « Pacte de sel », qui fait référence à une amitié qui, comme le sel, serait inaltérable.

Olivier Bourdeaut ne se complaît toutefois pas dans les situations clownesques qu’il met en scène. À petites doses, il expose les travers d’un monde moderne étouffé par un individualisme exacerbé et un prétendu progrès.

« Il s’était dit qu’en Californie des ingénieurs vous suggéraient de remplacer votre cerveau par un boîtier rectangulaire. Parce qu’il lui semblait que, ces dernières années, le sens du mot progrès évoluait étrangement vers une forme de régression, que ce terme était de plus en plus dévoyé à force d’être éructé à longueur d’incantations, il s’était mis à douter de son essence originelle. »

Pactum salis est l’équivalent littéraire du film popcorn. Bien que le récit s’enlise à quelques reprises dans des clichés d’une efficacité relative, il tient en haleine le lecteur jusqu’à la fin, pressé de découvrir l’issue de la relation tumultueuse entre les deux protagonistes et l’identité du mystérieux cadavre introduit en début de roman.

Ce second roman ne marquera pas autant les esprits que le précédent, mais il offre un moment de pur divertissement et un répit fort bienvenu dans la banalité du quotidien.

« L’océan, refoulé derrière les rochers, avait laissé ses cartes de visite en flaques. Ces mers miniatures, otages momentanés des cavités rocheuses, payaient leurs reflets brillants avec des pièces de ciel bleu qu’elles offraient à la terre ferme. Jean n’avait pas attendu l’arrivée de Michel pour commander un verre de muscadet qu’il avait bu d’un trait, avant de s’en servir un autre auquel il réserva le même sort. Assis à la terrasse de L’Océan, il ne profitait ni du panorama, ni du beau temps, trop préoccupé qu’il était par le simple fait d’être là. Pourquoi avait-il accepté cette invitation ? »

Extrait de «Pactum salis»
 

Pactum salis

★★★

Olivier Bourdeaut, Finitude, Bordeaux, 2018, 253 pages