Alfred Hitchcock demeure une source d’inspiration pour les écrivains

Près de 40 ans après sa mort, Alfred Hitchcock demeure un nom important dans le domaine du suspens, non seulement pour les réalisateurs, mais aussi pour les auteurs. 
Photo: Associated Press Près de 40 ans après sa mort, Alfred Hitchcock demeure un nom important dans le domaine du suspens, non seulement pour les réalisateurs, mais aussi pour les auteurs. 

Alors qu’il écrivait The Woman in the Window, l’un des romans les plus vendus jusqu’à présent en 2018, l’auteur A. J. Finn avait en tête un grand maître du suspens : Alfred Hitchcock.

« Hitchcock a prouvé que le suspens peut être aussi efficace, sinon plus, que la surprise ; que la retenue et le bon goût peuvent l’emporter sur les tactiques pour faire peur et les trucs faciles ; que le style peut mettre en valeur une histoire plutôt que l’écraser », a confié M. Finn, le nom de plume du critique et éditeur Daniel Mallory, en entrevue avec l’Associated Press.

« Par-dessus tout, il a mis l’accent sur la psychologie, du complexe d’Oedipe de Norman Bates à la “folie à deux” qui aveugle les tueurs dans Rope (La corde), de l’obsession grandissante de James Stewart dans Vertigo (Sueurs froides) à l’entrée difficile dans l’âge adulte de Teresa Wright dans Shadow of a Doubt (L’ombre d’un doute). Avec The Woman in the Window, j’ai essayé de puiser dans cette sophistication intemporelle et cette légendaire profondeur psychologique. »

Près de 40 ans après sa mort, Alfred Hitchcock demeure un nom important dans le domaine du suspens, non seulement pour les réalisateurs, mais aussi pour les auteurs, qui voient L’ombre d’un doute, Sueurs froides et les autres films du cinéaste comme des modèles sur le plan de la narration et de l’ambiance.

Même si la plupart de ses oeuvres ont comme point de départ un roman ou une nouvelle, Hitchcock est le seul réalisateur à avoir reçu le prix Grand maître de Mystery Writers of America, un honneur qu’il partage notamment avec Agatha Christie, Elmore Leonard et James M. Cain, ainsi que le prix Raven, décerné par la même association, pour sa contribution au genre.

« Le terme “hitchcockien” a été créé pour décrire certaines qualités qu’il a illustrées, explique pour sa part Paul D. Marks, un auteur de romans policiers ayant remporté plusieurs prix. Il ne les a peut-être pas toutes inventées, mais il les a certainement faites siennes. Des choses comme des innocents accusés ou pris au piège dans le cadre d’événements qu’ils ne comprennent pas et dont ils doivent se sortir. Des personnes ordinaires happées par ces situations, ressentant comme un vertige jusqu’à ce qu’elles retrouvent leurs repères et un semblant de vie normale. »

Otto Penzler, un important éditeur de romans policiers et le propriétaire de la librairie Mysterious Bookshop à Manhattan, affirme que l’art d’Alfred Hitchcock de montrer des gens ordinaires coincés dans des situations en dehors de leur contrôle se retrouve, entre autres, dans les livres de Thomas H. Cook et d’Alan Furst. Il cite aussi Mary Higgins Clark comme quelqu’un ayant « complètement compris la méthodologie de Hitchcock ».

Mme Clark, dont les romans policiers figurent parmi les plus vendus au monde, a déclaré dans un courriel récemment envoyé à l’Associated Press qu’elle admirait le talent d’Alfred Hitchcock pour générer une tension avant même que le personnage principal ne soit conscient du danger qui le menace.

« Le lecteur se dit “fais attention” alors que le protagoniste, qui ne se doute de rien, se met en danger, écrit l’auteure. Je pense que mon livre A Cry in the Night (Un cri dans la nuit) illustre bien cette technique. Je le répète : laisser deviner le suspens avant que le héros ne réalise ce qui se passe donne au lecteur un sentiment d’impuissance et constitue un formidable outil pour créer un effet dramatique. »

Michael Mallory, un historien du cinéma et auteur de romans policiers, a reconnu avoir été influencé par Hitchcock et les écrivains dont il a adapté les oeuvres, incluant Robert Bloch, à qui l’on doit le roman Psycho à l’origine du film du même nom devenu un classique dans le domaine de l’horreur.

Selon M. Mallory, son histoire la plus « hitchcockienne » se déroule sur un bateau, comme le long métrage Lifeboat d’Alfred Hitchcock. Il met en scène un homme qui invite un ami sur son bateau pour un après-midi de pêche qui devient le prétexte à une sanglante vengeance contre le présumé ami impliquant une machette et des eaux infestées de requins.

« Oui, c’est macabre, mais Hitchcock aurait peut-être aimé cela », a-t-il conclu.