Leanne Betasamosake Simpson sur les chemins de l’identité

Née en Ontario, Leanne Betasamosake Simpson appartient à une famille de nations, les Nishnaabeg, qui regroupe la sienne, les Mississaugas, et d’autres comme les Ojibwés, les Sauteux, les Algonquins.
Photo: Nadia Kwandibens Née en Ontario, Leanne Betasamosake Simpson appartient à une famille de nations, les Nishnaabeg, qui regroupe la sienne, les Mississaugas, et d’autres comme les Ojibwés, les Sauteux, les Algonquins.

Si la réconciliation de l’ensemble des Canadiens avec les Premières Nations du pays se limite aux excuses du gouvernement d’avoir soutenu, entre les années 1820 et les années 1990, des pensionnats destinés à assimiler les jeunes autochtones, ce serait vain. L’essayiste amérindienne Leanne Betasamosake Simpson affirme qu’Ottawa doit aussi aider « à régénérer nos langues ». Soumise à l’ironie du hasard, elle signale le patronyme de sa mère : Trudeau…

Son livre Danser sur le dos de notre tortue, avec le sous-titre La nouvelle émergence des Nishnaabeg (qu’elle écrit sans s final), appelle des éclaircissements qui expliquent pourquoi elle aurait, aux côtés de nombreux Amérindiens, comme l’un de ses ancêtres un descendant biologique ou au moins culturel d’Étienne Trudeau, marié à Montréal en 1667 avec Adrienne Barbier. Cela ferait de l’essayiste une cousine éloignée du premier ministre Justin Trudeau, qui a pleuré sur le sort des autochtones.

Née en Ontario, Leanne Betasamosake Simpson, dont l’ouvrage est traduit de l’anglais, appartient à une famille de nations, les Nishnaabeg, qui regroupe la sienne, les Mississaugas, et d’autres comme les Ojibwés, les Sauteux, les Algonquins. Ces nations de la région des Grands Lacs comptèrent parmi les alliés de la Nouvelle-France, qui entretenait avec elles des liens étroits grâce à la traite des fourrures.

L’essayiste, qui est aussi artiste et universitaire, travaille à la renaissance de la langue commune des peuples en question : le nishnaabeg. Initiée à leur mythologie, elle rêve de « danser sur le dos de notre tortue ». Le mot tortue désigne, dans le bestiaire nishnaabeg, ce que les Canadiens aux racines européennes appellent l’Amérique du Nord. La vision, qui pourrait paraître illusoire, suggère toutefois, peut-être à l’insu de Leanne Betasamosake Simpson, l’idée de métissage culturel, même si le livre évite le terme.

La « pensée nishnaabeg » n’évoque-t-elle pas, aux yeux de l’essayiste, « la naissance de nouvelles réalités et de nouveaux mondes » ? L’ouvrage insiste sur cette recréation, plus précisément sur le concept de « transmotion » qui suppose un cheminement évolutif des êtres et des choses, loin du passéisme. Il approuve l’interprétation très éclairante de l’intellectuel américain ojibwé Scott R. Lyons : « L’ancien ne meurt jamais, il est enrichi par le nouveau, et il en résulte de la diversité. »

Malgré le désir de se libérer du néocolonialisme que les descendants d’Européens exercent sur elle et les siens, Leanne Betasamosake Simpson se rapproche du métissage culturel préconisé par des Québécois, comme l’écrivain Jacques Ferron et le géographe Jean Morisset. Au lieu de verser dans la chimère d’un retour, même modernisé, à un passé précolombien, n’est-ce pas la vraie voie de la réconciliation des peuples, premiers et nouveaux, des Amériques ?

Extrait de «Danser sur le dos de notre tortue»

« La honte nous piège individuellement et collectivement, elle nous enferme dans la victimisation de l’assaut colonial, voyage de génération en génération, elle s’accumule et se manifeste par des moyens nouveaux et de plus en plus insidieux à chaque nouvelle génération. Les cycles de la honte dans laquelle nous sommes cognitivement enfermés sont en partie maintenus et se perpétuent à travers des constructions théoriques occidentales comme la résistance, la mobilisation et les mouvements sociaux, qui définissent ce qui est digne d’être considéré comme tel et ce qui ne l’est pas. »

Danser sur le dos de notre tortue. La nouvelle émergence des Nishnaabeg

★★★

Leanne Betasamosake Simpson, traduit de l’anglais par Anne-Marie Regimbald, Varia, Montréal, 2018, 222 pages