Bande dessinée - Histoire à 48 mains

Montréal, 2021. Naé et Louka s'en vont «faire du ketchup» dans un Stade olympique devenu avec le temps une serre olympique où les plantes-frites poussent en souriant. Dans la métropole où les jardins suspendus sont désormais légion et où les déplacements en delta-vélo sont chose aisée, la vie est douce et les champignons géants du symposium de sculptures horticoles de la Place Dupuis sont inspirants.

Naé y succombera d'ailleurs et plongera dans un tourbillon qui, alors qu'elle sera à la recherche d'un dénommé Marcello Bertollini, la conduira avec son jeune ami chez des Indiens, dans une usine de compostage hébergeant un rat victime des recherches sur le clonage et sur les bords d'un fleuve pollué par un flot de produits chimiques. Tout un programme.

L'aventure, de toute évidence, est surréaliste avec ses personnages aux traits changeants et son scénario décousu que le manque de cohérence dans les coups de crayon n'aide certainement pas à raccommoder. Mais il en va ainsi quand des bédéistes québécois décident, sous la houlette de l'éditeur Dominique Desbiens, de la maison Amérisque, de se mettre à 24 pour exprimer leur talent... sur le mode du cadavre exquis, un art littéraire très bien connu des cancres du dernier rang mais guère exploité dans l'univers des histoires en images.

L'exercice de style, baptisé Havre exquis - Un monde utopique, était balisé: pendant 52 semaines, une bonne frange des bédéistes du Québec (Alain Reno, Dan Villeneuve, Robo, Jean-Laurent Ratel, Shrü, M7 ou Manu Foglia, pour ne citer qu'eux) ont été contraints de poursuivre, les uns après les autres, «dans une chaîne synergique», comme l'explique la quatrième de couverture, un récit amorcé et poursuivi en quelques vignettes par un de leurs confrères — les consoeurs, elles, brillant par leur absence. Avec, en trame de fond, la critique socio-politico-environnementale de notre époque à travers l'anticipation d'un Montréal à la sauce 2021.

Le papier de toilette, les voitures polluantes, les médias, les banlieusards et même Raël en prennent pour leur rhume. Quant au lecteur, il devra mettre ses synapses à l'épreuve pour se retrouver dans cette ratatouille parfois chaotique, parfois verbeuse, mais souvent drôle.

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