Une rentrée littéraire d’ombre et de lumière

Nous vous présentons les visages de la rentrée littéraire.
Photo: Marin Blanc Le Devoir Nous vous présentons les visages de la rentrée littéraire.
Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas ouvert L’amélanchier de Jacques Ferron, publié en 1970, et dont un exemplaire est arrivé il y a quelques jours au bureau. Le conte, magnifique, qui arpente le territoire de l’enfance autant que celui d’un pays à imaginer, va être réédité la semaine prochaine dans la collection « Bibliothèque québécoise », rappelant ainsi ce temps où les peurs, les tensions, les angoisses d’un présent avaient ce pouvoir de mettre la littérature en syntonie avec le rêve et l’espoir.

Replonger le nez dans L’amélanchier, repartir à la rencontre de Tinaner de Portanqueu, c’est renouer avec un état d’esprit, avec une envie de résister face aux gardiens des statu quo qui asservissent. C’est retrouver aussi la force d’un optimisme dont on se demande où il est passé quand on scrute l’étendue et la diversité des propositions de cette rentrée littéraire hivernale qui s’amorce.

Voyez plutôt. Sans doute un peu plus que d’ordinaire, la mort y rôde dans plusieurs fictions d’ici et d’ailleurs, y frappe, y trouble les trajectoires de vie. Les rêves se voient briser par le délire de la finance et par la peur de l’autre. Les traumatismes sont légués en héritage… Même la saga familiale d’un Paul Auster — 4 3 2 1 (Actes Sud), c’est son titre — finit par donner le cafard quand on prend conscience, à mi-chemin de cette brique de 1000 pages, que l’Amérique raciste des années 1960 et 1970 qu’il dépeint a des correspondances troublantes avec celle, bien présente, de Donald Trump.

La morosité était à fleur de peau. Elle est désormais à fleur de pages, sans pour autant être fatale, à en croire plusieurs essayistes qui, cet hiver, ce printemps, vont nous inviter à nous éloigner du bruit numérique, de l’urgence d’être et de commenter, pour renouer avec le temps de la réflexion. Une prescription salvatrice qui, quand on y pense bien, vise à faire revenir, non pas le rêve et l’espoir qu’un Jacques Ferron métabolisait avec poésie dans sa littérature, mais bien plus la lumière qu’il faut pour recommencer à les voir.