Rentrée littéraire: les perles des Amériques

Grace O’Connell trace le portrait de Vida, trentenaire apparemment sans histoire, qui doit quitter Vancouver pour s’installer à New York chez un couple d’amis à cause des frasques de son frère.
Photo: Dani Couture Boréal Grace O’Connell trace le portrait de Vida, trentenaire apparemment sans histoire, qui doit quitter Vancouver pour s’installer à New York chez un couple d’amis à cause des frasques de son frère.

Grace O'Connell
 

Foudroyée (Boréal). En 2012, la critique canadienne s’est entichée du premier roman de Grace O’Connell, Magnified World (Random House Canada). « Une poignante exploration de l’amour, de la tristesse et de la lucidité », a-t-on écrit sur le site CBC Books. « Un premier roman accompli, résolument original », selon le Toronto Star, qui « séduit immédiatement par la force de sa narration », au dire du Globe and Mail.

Campé à Toronto, Magnified World s’intéressait au sort de Maggie, jeune femme tentant de survivre au suicide de sa mère, qui s’est engouffrée dans une rivière, les poches remplies de cristaux de zircon. Après avoir retiré ces minéraux des tablettes du commerce nouvel-âge familial, Maggie perd plusieurs fois connaissance. Craignant de s’enfoncer dans la folie, elle désire se rendre en Amérique du Sud afin de découvrir le passé de sa mère.

Alors que ni son père, ni son amoureux, ni son psychiatre ne la comprennent, Maggie reçoit la visite d’un mystérieux client, qui prétend pouvoir soigner ses problèmes de santé.

Cette première incursion du côté du roman de Grace O’Connell n’ayant pas été traduite en français, le nom de cette enseignante en création littéraire à l’Université de Toronto demeure à peu près inconnu ici. Auteure d’une dizaine de nouvelles, tour à tour collaboratrice pour The Globe and Mail, The National Post et Elle Canada, chroniqueuse littéraire pour This Magazine, Grace O’Connell publiait un second roman en juin dernier, Be Ready for the Lightning (Random House Canada).

À l’instar de Magnified World, Be Ready for the Lightning a été chaleureusement accueilli par la critique canadienne : « un roman d’une beauté stupéfiante » (Toronto Star), « d’une énergie électrisante » (Quill and Quire), écrit avec un « esprit tranchant et une oreille absolue pour le dialogue » (The Globe and Mail). La bonne nouvelle : Be Ready for the Lightning paraîtra en français ce printemps. Mieux encore, c’est à la dramaturge et romancière Fanny Britt qu’on a confié la traduction.

Dans Foudroyée (Boréal, 24 avril), Grace O’Connell trace le portrait de Vida, trentenaire apparemment sans histoire, qui doit quitter Vancouver pour s’installer New York chez un couple d’amis à cause des frasques de son frère.

Un jour qu’elle monte dans un bus sur la Cinquième avenue, elle est prise en otage par un voyou non dénué de charme qui vient de tuer le chauffeur d’une balle dans la tête. S’ensuit une longue introspection pour Vida dans cet épisode hautement angoissant de sa vie.
 

Perles des Amériques


Photo: Jeff Pachoud Agence France-Presse Paul Auster

Paul Auster, 4 3 2 1 (Actes Sud). Voilà sept ans qu’on n’avait pas eu droit à un roman de Paul Auster. Avec son colossal 4 3 2 1 (Actes Sud, fin janvier), l’écrivain de Brooklyn saura sans doute se faire pardonner cette trop longue absence. Brique de plus de mille pages, 4 3 2 1 relate la vie d’Archie Ferguson, né en 1947, à Newark, au New Jersey, d’ascendance juive d’Europe centrale, tout comme Paul Auster. Alors qu’il imagine à cet alter ego quatre destins parallèles dans l’Amérique des années cinquante et soixante, Auster esquisse quatre autoportraits en son jeune temps.

Louise Erdrich, LaRose (Albin Michel). Née à Little Falls, au Minnesota, d’un père d’origine allemande et d’une mère ojibwée, Louise Erdrich poursuit son exploration des us et coutumes autochtones dans LaRose (Albin Michel, 17 janvier), qui clôt le cycle incluant La malédiction des colombes (2010) et Dans le silence du vent (2013). Figure de proue de la Renaissance amérindienne, elle y raconte l’impact d’une tradition ancestrale dans deux familles du Dakota du Nord à plus d’un siècle d’écart.

Jorge Zepeda Patterson, Milena ou le plus beau fémur du monde (Actes Sud). Fort de ses études à la Sorbonne et de son expérience au quotidien espagnol El País, Jorge Zepeda Patterson est retourné dans son Mexique natal, où il met ses qualités d’essayiste sur la vie politique mexicaine au service de ses fictions. Dans le thriller politique et social Milena ou le plus beau fémur du monde (Actes Sud, janvier), le romancier dénonce le trafic humain au Mexique à travers le drame d’une jeune prostituée croate.

Perles des Antilles

 

Yanick Lahens, Douces déroutes (Sabine Wespieser). Lauréate du prix Femina pour Bain de lune (2014), l’écrivaine haïtienne Yanick Lahens a bouleversé la scène littéraire avec Failles (2010), où elle décrivait les lendemains du séisme ayant dévasté son pays. Thriller campé à Port-au-Prince, son nouveau roman Douces déroutes (Sabine Wespieser, 22 janvier) tourne autour de l’assassinant d’un juge intègre.

Kettly Mars, L’ange du patriarche (Mercure de France). Trois ans après Je suis vivant, où elle s’intéressait à une famille bourgeoise bouleversée par le retour d’un fils autiste, la romancière Kettly Mars pose de nouveau son regard lucide sur la société haïtienne dans L’ange du patriarche (Mercure de France, 4 janvier). Cette fois, c’est à travers le prisme du vaudou qu’elle trace un portrait de famille où elle s’interroge sur l’avenir qu’offre Haïti aux jeunes.

  

À surveiller aussi

 

En janvier
Reine du thriller psychologique, Lisa Gardner relate dans Lumière noire (Albin Michel) le cauchemar d’une femme de nouveau kidnappée après 472 jours de captivité.

Dans le roman social Ceux d’ici (Plon), Jonathan Dee dépeint les désillusions de la classe moyenne.

Roman inédit d’Isaac Bashevis Singer (1902-1991), Keila la rouge (Stock) fait revivre la communauté juive polonaise d’avant la guerre.


En février


Entre Toronto et Londres, la journaliste Leah McLaren a écrit Un mari idéal (Albin Michel), comédie de moeurs sur le couple.

Avant de pouvoir découvrir l’adaptation de Purity, on patientera en lisant Phénomènes naturels (Éditions de l’Olivier), de Jonathan Franzen, où un séisme provoque des répercussions tragi-comiques dans une famille.

Si vous avez la phobie des guêpes, Dévorés (Éditions L’interligne), premier roman de Charles-Étienne Ferland, n’est peut-être pas pour vous.

Dans L’été de la haine (Gallimard), de David Means, un jeune vétéran du Vietnam écrit un roman utopique qui tourne à la dystopie.

Publié en 1914, Au pays des riches oisifs (Wombat), de Stephen Leacock (1869-1944), a pour théâtre une ville fictive où des notables veulent s’emparer de la fortune collective afin de gouverner le monde.

Prix Edgar-Allan-Poe 2015 du meilleur premier roman, Dans la vallée décharnée (Actes Sud), de Tom Bouman, dépeint une Amérique rurale dont la tranquillité est menacée par l’industrie pétrolière.