«Deux balles, un sourire»: corruption et lutte de pouvoir au SPVM

L’intrigue se déroule sur fond de guerre de pouvoir au sein du SPVM.
Photo: iStock L’intrigue se déroule sur fond de guerre de pouvoir au sein du SPVM.


Au siècle dernier, Jean-Jacques Pelletier a connu un énorme succès en tablant sur le complot universel : c’est tout juste si une nébuleuse « agence » parvenait, dans ses histoires à volets multiples, à empêcher une sorte de syndicat du crime tout-puissant de dominer le monde. À répétition. Mais depuis quelques années, Pelletier a changé de registre.

Aujourd’hui, son inspecteur Henri Dufaux — que l’on connaît depuis Bain de sang — dirige une escouade très spéciale du SPVM formée de jeunes nerds nourris aux technologies modernes. Ce qui n’empêche pas la SQ et surtout le SCRS (Service canadien du renseignement de sécurité) de regarder constamment par-dessus son épaule… puisqu’on soupçonne de corruption un haut gradé de la police.

Le récit — comme souvent chez Pelletier — se déroule sur plusieurs niveaux. À l’avant-plan, comme pour faire obstacle, un groupe écoterroriste nommé Vert Demain se met à exécuter des banquiers et des hommes d’affaires reliés à de grandes compagnies minières canadiennes sous prétexte que celles-ci ont littéralement détruit des coins de la planète. Les corps des victimes portent les mêmes marques : deux balles de petit calibre dans la nuque, une piqûre discrète au bras et un grand sourire… « dopé » au gaz hilarant. Mais le complot se ramifie et, lorsque les médias, sociaux et autres, sont « mis à contribution » par ceux qui dirigent le jeu, c’est très vite la pagaille.

Quand Dufaux, avec son équipe, se penche sur l’affaire, les ennuis lui sautent au visage, c’est le moins qu’on puisse dire : le SWAT le réveille brutalement en pleine nuit, attiré chez lui par un supposé massacre. Il se rend compte ensuite qu’il a été espionné par un drone, que son identité a été piratée et même qu’il est « numériquement décédé » lorsqu’il veut utiliser sa carte de crédit. Et comme si ça ne suffisait pas, les cadavres continuent de se multiplier autour de lui sur fond de guerre de pouvoir au sein du SPVM. La routine, quoi…

Heureusement, Dufaux est entouré d’une équipe très performante ; bien au fait de toutes les technologies permettant aujourd’hui de fabriquer la « réalité » selon les besoins, les jeunes prodiges de Dufaux lui permettront de tirer l’enquête au clair tout en piégeant celui qui brouille les pistes au SPVM. L’écriture de Jean-Jacques Pelletier s’appuie aussi sur un humour irrésistible malgré la gravité des événements ; il a ainsi trouvé un nouveau souffle qui renouvelle sa façon de raconter. D’autant plus que ses nouveaux personnages prennent aussi, avec cette deuxième histoire, une dimension de plus en plus solide. On attend déjà avec impatience la prochaine histoire horrible qu’ils devront élucider.

Deux balles, un sourire

★★★ 1/2

Jean-Jacques Pelletier, Éditions Hurtubise, Montréal, 2017, 444 pages